CHAPITRE XXVII
pour secouer lo sommeil de rendurcissement et de l'apathie, et donner un cœur sensible même à la stupidité. Quel pardon peut donc inventer pour vous la miséricorde céleste si votre cœur, en dépit de ces sollicitations incessantes de Dieu, détourne toujours ses regards de l'indigence comme d'un objet de dégoût et de mépris ? Mais quoi, lorsque votre bonheur l'exige,. Jésus-Christ lui, votre victime, épargne-t-il pour vous sa propre chair? Et pour étancher la soif de votre âme, vous paraît-il qu'il soit avare de son propre sang? Et vous, dans sa profonde misère , vous ne reculez pas d'horreur devant l'ingratitude qui lui refuse même un verre d'eau froide, même un seul morceau de pain ! Quel pardon espérer pour cette âme qui s'enivre ainsi de ses dons célestes, et qui ne craint pas de lui refuser en retour les choses les plus communes? »
Ce ne sont donc pas seulement la veuve et l'orphelin qui réclament nos largesses, c'est aussi Jésus-Christ revêtu des livrées de l'indigence, ou plutôt c'est notre âme ellemême qui nous tend la main. Elle nous demande avec larmes la rosée de l'aumône, ce rafraîchissement divin. Car l'obole qu'elle verse dans le sein du pauvre est une puissance qui désarme la justice divine. Elle se transforme en un rayon de miséricorde qui dissipe les ténèbres et vient éclairer ses pas dans le chemin du ciel. Privée de son secours, la pénitence elle-même est sans aile, et ne saurait présenter qu'un caractère d'insuffisance coupable.
Souffrances. — Avec l'aumône, marchent de concert la patience dans les épreuves et la mortification des penchants de la nature. Et Dieu prête toujours l'oreille à celte voix irrésistible de la pénilence et de la douleur. Qui, mieux que saint Chrysostome, sut enseigner celte doctrine de la longanimité dans les opprobres, du pardon des injures, de la sérénité du cieur dans les afflictions et les souffrances, et de la persévérance héroïque dans les macérations du corps et dans les longues angoisses du martyre? « Les tourments de la tribulation , écrit-il à
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Stagiro, les tentations du roi des ti-nèbres, le sombre deuil de la tristesse, sont des flambeaux bienfaisants qui ne nous éclairent pas moins sur les sollicitudes de la providence de Dieu, que les avantas^es et le bonheur d'icibas ne peuvent nous en offrir le gage et l'assurance. »
Nécessité. — «Le Seigneur, ajoute -il, vous restera fidèle; il ne permettra pas à la tenlation de remporter sur vous la victoire. Il fera plutôt un pacte avec elle, afin qu'il vous soit possible de l'anéantir (I. Cor. iO, 13). Car si la correction est la preuve de l'amour, l'abandon serait assurément l'indice de la haine. Comment donc, direzvous, tant de pécheurs malheureux sont-ils tombés? S'ils sont tombés, ce n'est point qu'ils aient été délaissés de Dieu leur père, mais c'est parce qu'ils ont fui ses témoignages d'amour. Selon la parole de l'Écriture (p. 1, 72,27), ceux qui vous délaissent. Seigneur, ne vous délaissent que pour périr. Tels sont les pécheurs qui fuient les souffrances et les tribulations, ces corrections divines, ou qui ne peuvent les supporter qu'avec le frémissement de la colère et de l'indignation,
« Si donc quelques âmes rebelles ont passé par les ardeurs de la tribulation, sans en sortir plus saintes et plus brillantes, faut-il en rendre responsable celui qui les a gratifiées de ce bienfait? Et s'il ne les eût point favorisées de ce puissant secours, ne seraient-elles pas en droit d'accuser son indifférence de leur irréparable malheur? » Ainsi , la loi des souffrances, cette loi si dure et si cruelle aux yeux de la nature, n'est ici-bas que la messagère de de Dieu, que le pressoir de la justice sous lequel l'homme se transforme et se repêtrit, pour se rendre digne de son immortelle destinée ; et celui qui se révolte contre cette pression terrible, est une âme abandonnée, qui repousse la correction paternelle et qui ne s'éloigne ainsi de Dieu que pour mieux consommer sa perte.
Efficacité. — « Oh ! ne vous laissez donc point emporter par le désespoir, à l'aspect des calamités présentes.
CHAFITRE XXYII. 461
Si VOUS êtes pécheurs, vos iniquités seront brûlées, anéanties par le feu de la tribulation. Mais, si vous êtes justes et saints, vos âmes en sortiront couronnées d'une auréole de splendeur et de gloire. Oui, dit saint Chrysostome aux chrétiens d'Antioche, attendant avec terreur la sentence de l'empereur Théodose, oui, s'il est vrai que vous ayez provoqué les foudres de la colère divine, il est également vrai que les tourments que votre âme endure auraient pu suffire à désarmer sa justice et fléchir à jamais son cœur irrité. »
Les épreuves, les malheurs et les sujets de tristesse de ce monde ne sont donc aux yeux de saint Chrysostome, comme aux yeux de Jésus-Christ et de son Église, qu'une flamme bienfaisante qui purifie, qu'un creuset qui brûle, consomme les scories de l'âme et du cœur, pour leur rendre toute la beauté que comporte leur nature, enrichie des dons de Dieu.
Mais tous les hommes ne sont pas admis également à se purifier dans les épreuves de la souffrance ; et cependant aucun des enfants de Dieu n'est déshérité des faveurs du ciel. Tous leurs droits sont égaux, et la seule différence que Dieu reconnaisse à leur mérite est celle qui résulte de leur propre choix et de leur correspondance à ses bienfaits.
Mortification. — Si donc l'épreuve ne vient pas apporter à l'âme la souffrance, l'âme par un sublime effort, s'arrache aux langueurs de la nature ; elle prend son essor et s'avance elle-même à la rencontre des privations et des douleurs. « Que notre vie présente, dit le saint docteur, s'écoule dans l'austérité du jeûne et dans la continuité des veilles et de l'abstinence. Tranchons dans notre âme, et séparons tous nos désirs sans frein. Enchaînons l'impétuosité des passions; laissons- nous inonder sans cesse des nobles sueurs de la vertu. Soumettons notre corps à la douleur salutaire d'une correction persévérante, et faisons peser sur lui les chaînes d'un dur esclavage. Que notre chair soit frustrçe de tous les objets de ses dé-
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sirs, et cheminons avec courage dans la voie étroite et difficile. Alors l'attrait des biens du ciel répandra de son charme dans notre âme, impatiente désormais do déposer le fardeau de ses perplexités avec la vie de ce monde. »
Jeûne. — Ainsi, jeûne, abstinence, combats intérieurs, mortification du corps, étouffement des passions, tels sont les degrés par lesquels saint Chrysostome nous enseigne à nous élever à la perfection que Dieu couronne au ciel. « Si le juif où l'infidèle vous demande la cause du jeûne des chrétiens, gardez-vous d'alléguer pour raison Tanproche du temps pascal, ou du mystère de la croix. Car nous ne pouvons jeûner ni pour la croix ni pour la solennité pascale, mais nous jeûnons pour l'expiation de nos pçchés, avant de nous présenter à la participation des saints mystères. Tout autre jeûne est sans mérite, et s'il n'est sanctionné par la volonté divine, non-seulement il est sans mérite, mais encore l'ivresse elle-même offre moins de péril et moins de culpabilité. Ne venez donc point nous dire : tel peuple jeûne ; m.ais prouvez-nous qu'il jeûne en conformité constante avec la volonté de Dieu.»
Efficacité et qualités, — « Celui qui se livre à la mortification du jeûne doit unir à cette pénitence un modeste maintien, un cœur humble et contrit, et porter sur son front la sérénité de la paix. Le jeûne est un remède qui donne à l'âme la santé spirituelle ; mais bien qu'il soit mille fois utile, il arrive trop souvent que par l'impéritie de celui qui l'emploie il demeure frappé d'impuissance et de stérilité. Car le véritable jeûne, le jeûne efficace est celui que recommande la fuite du péché. Vous jeûnez, prétendez- vous ; prouvez -le moi par vos œuvres. Mais quelles œuvres? Si vous voyez un pauvre, ayez pitié de sa misère ; si c'est votre ennemi qui vient à votre rencontre, donnez-lui le baiser de la réconciliation. Votre ami se couvre de mérite par ses œuvres ; que l'envie ne vienne point en attrister votre cœur. Une femme se rencontre d'une beauté remarquable, fuyez. Que votre mortification