CHAPITRE XVI. S
avec la pratique généreuse et constante des vertus chrétiennes; qu'ils tendent à renouveler, à remettre en vigueur les monstruosités dégoûtantes du culte païen, et que des chrétiens ne peuvent y participer, ni les autoriser de leur présence, sans affecter une sorte d'abdication de leur caractère d'enfants de Dieu.
Ces paroles étaient sévères, mais justes ; elles eurent un immense retentissement. Elles n'atteignaient pas seulement les fidèles qui se livraient à ces réjouissances sacrilèges, mais elles en frappaient surtout les auteurs. Elles retombaient de tout leur poids sur le préfet de Constantinople.
L'impératrice n'était point directement en cause ; et rien ne prouve que saint Chrysostome lui donnât dans ces mesures évidemment hostiles, la moindre participation. Les paroles acerbes , les comparaisons insultantes que les historiens ont placées sur ses lèvres sont également indignes de sa charité, de son génie, de son éducation et de sa sainteté. Non , le saint que l'Église honore ne s'est point abaissé jusqu'à lancer la fange et l'injure à la face de celle qu'il appelle la mère des Églises et son auguste et très-pieuse souveraine.
Eudoxie, qui pouvait d'ailleurs être innocente de ces excès, n'avait donc rien à recueillir du blâme dont saint Chrysostome s'efforçait de les flétrir; mais sa personne même était l'objet de ce culte sauvage. Il lui sembla qu'elle devait se sentir Immiliée de la flétrissure dont on voulait le frapper. Elle gardait encore un souvenir amer de ses chagrins d'autrefois et de ses anciens projets de vengeance. Ce nouveau grief ne pouvait que raviver sa haine. Elle résolut de ne plus écouterdésormais que les inspirations d'un aveugle ressentiment ; elle se montra furieuse , exaspérée. A son exemple, l'empereur et les grands se sentirent profondément blessés. Eudoxie les animait , entretenait leur colère. Elle paraissait frémir de honte et de dépit. Dans son exaspération, il lui semblait voir le saint
évêque élevant contre elle une main audacieuse et se préparant h la renverser do son autel.
Cette fois, c'était bien la dernière heure de la vie apostolique de saint Chrysostome ; c'était Theure de l'agonie et le prélude de sa fin. L'impératrice s'imagine posséder un moyen efficace et tout puissant de le réduire au silence. Elle le menace et prend la résolution d'assembler immédiatement un concile pour le traduire en jugement. Elle ne veut écouter que l'inspiration de sa vengeance. Elle se laisse entraîner à tous les mouvements désordonnés de sa passion. Elle place au-dessus des intérêts les plus sacrés celui de sa vanité féminine. Ainsi, quoique chrétienne , elle paraît complètement ignorer, dans cette circonstance, quels sont les plus saints devoirs et quelle doit élre, en présence de l'impiété, la fermeté d'un véritable pasteur.
Saint Chrysostome était bien plus attentif à la voix de sa conscience et de ses devoirs , cp'au bruit de la colère et des menaces d'Eudoxie. Il ne tient aucun compte du tapage qui se fait autour de lui dans la ville comme à la cour. Sans s'inquiéter du danger, il continue, par ses discours à garantir son troupeau contre la recrudescence des impiétés païennes. Il sait bien qu'il engage sa tête, et que Timpératrice cette fois ne reculera devant aucun moyen pour le faire périr. Il sait que dans une telle circonstance il lui reste à choisir entre la mort et l'abandon de son peuple. Sa décision ne saurait être douteuse; il est pasteur; il choisit la mort. Il poursuit donc sans relâche le cours de ses homélies.
Alors Eudoxie paraît au comble de l'exaspération. Elle s'apprête à frapper un grand coup qui puisse à la fois assouvir ses désirs de vindication et lui donner une victoire complète. Elle fait rechercher dans la ville et dans les provinces tous les ennemis du saint , et les fait convoquer en assemblée à Constantinople. Elle les excite et réveille tous lours rosspn timon ts f'ontro lui. Rien n'est