CHAPITRE XXVII. 4fi
gence est en paix; le corps, cet esclave de l'esprit, ne cherche plus à se révolter contre son maître. Il se soumet au frein ; il se laisse conduire, il est docile en toutes choses , il comprime les mouvements désordonnés des sens, et demeure toujours soumis aux lois de la subordination. »
La prédication, le seul moyen donné par Jésus-Christ pour la propagation de l'Evangile, accompagnait donc toujours et souvent précédait les autres sources de lumières et de grâces, par lesquels Dieu soutenait, consolait et dirigeait son Eglise.
Prière. — A la pénitence qui revêt l'âme pécheresse du manteau brillant de l'innocence , et qui l'embellit des charmes de sa beauté baptismale , au jeûne qui l'investit, par l'atTaiblissement du corps, de la plénitude de ses glorieuses facultés, saint Chrysostome ajoute la prière, cette aile puissante sur laquelle elle s'élève jusqu'au trône de son juge. Il la compare alors à Moïse, qui passait au milieu des eaux dans un profond silence, pendant que son âme planait sur cet abîme et conversait avec Dieu. Il élève donc l'âme humaine, il la place par la prière dans un élément céleste. Il veut qu'elle plane au-dessus de la terre, et qu'elle respire l'essence divine , comme le corps respire l'air de ce monde. Il veut qu'elle prie pendant le travail du jour, qu'elle s'alimente de la pensée divine lorsqu'elle donne au corps les aliments terrestres, et qu'enfin elle suspende le repos des nuits, pour s'asseoir par la méditation dans le sein même de Dieu. « En quelque lieu que vous puissiez être, s'écrie-t-il , priez ; vous êtes le temple du Seigneur. »
Objet. — Tout est héroïque et sublime dans les vertus de Jésus-Christ, aussi saint Chrysostome réclame-t-il du chrétien, dans sa prière, l'héroïsme et la sublimité de la prière du Dieu de la croix. « Imitez le Seigneur, dit-il, il a prié pour ses ennemis, pour ses bourreaux, pour ceux qui le clouaient Ti l'instrument de son supplice. Et Samuel,
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le prophète répudié par son peuple , chargé d'outrages , abreuvé d'opprobres et couvert de mépris, ne laissait échapper de son âme que cet accent sublime d'amour : {( Dieu me garde du péché de mettre un terme à la prière « que j'adresse au Seigneur pour vous. » C'est donc un crime à ses yeux de cesser sa prière pour ses ennemis mortels.
Continuité. — 11 veut que l'âme chrétienne n'admette aucun temps d'arrêt dans ses entretiens avec Dieu, dans ses communications avec son cœur. « Vous est-il donné de jouir des douceurs de la paix ? Priez Dieu qu'il vous en conserve toujours le bienfait. Si vous voyez s'élever un orage, priez et demandez au Seigneur de détourner ou d'apaiser la tempête et les vents. Dieu vous a-t-il exaucé, rendez-lui vos actions de grâces. Mais s'il semble fermer l'oreille et ne pas entendre votre voix, persévérez, afin qu'il se rende attentif à votre prière.
« Ne cherchez point, pour lui présenter vos vœux, de lieu plus propice que celui dans lequel sa volonté vous appelle. Que vous soyez, en efîet, dans le calme du bain, au miUeu des fatigues d'un long voyage, dans l'engourdissement ou le repos de la nuit, ou même en présence d'un juge irrité, priez, priez toujours; en quelque lieu que vous l'invoquiez, le Seigneur est présent , il prête l'oreille à vos supplications. 11 vous l'affirme lui-même : « Si vous m'exposez vos besoins, vous dit- il, vous n'aurez « pas achevé votre prière que je vous répondrai : me voici . »
Persévérance. — « Mais, dans la confusion de vos iniquités, vous n'osez plus parler à votre Père ? Persévérez toujours ; c'est à la persévérance que vous devrez la faveur de pouvoir offrir une prière digne de Dieu. Vous êtes pécheur, indigne de ses bienfaits? N'importe, ne perdez jamais l'espérance. L'assiduité dans la prière vous rendra toujours digne de la miséricorde divine. Mais vous vous voyez sans appui, comme une âme abandonnée ; vous ne pensez plus pouvoir compter sur aucun secours;