CHAPITRE XXVII
eh bien ! espérez toujours, et sachez qu'il n'est point de patronage plus sur que celui qui vous est accordé, quand vous vous approchez vous-même avec foi du cœur paternel de Dieu. S'il se montre sourd à votre voix, ou qu^il diffère de vous entendre, ne perdez ni foi ni courage, car le retard qu'éprouvent ses bienfaits est souvent une des plus grandes manifestations de sa bonté. Non, Je l'afûrme, il n'est rien ici-bas de plus puissant que la prière fervente et sincère ; elle est une arme terrible et présente à l'âme une infaillible protection.
« Mais Dieu ne daigne pas toujours se rendre à la première sollicitation de l'âme qui le prie. Le juste Isaac a prié pendant vingt années pour une seule faveur. Et nous, dit saint Chrysostome, dont le cœur n'est qu'un réceptacle impur de vices, nous dont l'âme est sans cesse impliquée dans les liens de l'iniquité, nous qui n'avons jamais ouvert avec amour cette âme à Dieu , notre Seigneur et père, si nous ne voyons point le don divin précéder l'instant où la prière s'échappe de nos lèvres , tout nous semble perdu ; le désespoir s'empare de notre âme. Le murmure succède à la prière, et notre cœur cesse aussitôt de s'entrenir avec Dieu. Nous nous sommes présentés à lui pleins d'espoir, et nous revenons les mains vides. Ah ! nous perdons confiance et courage! Mais quel est donc celui qui pour une seule grâce a persévéré vingt ans dans la prière comme le juste Isaac? Quel est seulement celui dont la confiance s'élève jusqu'à persévérer pendant vingt mois entiers?
« L'âme qui prie doit se revêtir d'innocence et de sainteté. Les lèvres du chrétien doivent être plus pures que le rayon de lumière, pour que la prière soit, aux yeux de Dieu, l'épanchement d'un cœur ami qui vient toucher et pénétrer son cœur. Car, dites-moi, s'écrie saint Chrysostome, oseriez-vous avec des mains dégoûtantes et pleines de souillures, vous approcher de l'autel, pour adresser à Dieu votre prière? Jamais. Cependant, la souillure de vos mains,
c'est peu de chose, auprès de celle de votre âme. Pourquoi donc tant de délicatesse , dans les choses de peu d'importance, et tant d'insouciante torpeur pour les plus chers intérêts de votre âme ? Mais alors, direz-vous, il nous faut donc renoncer pour jamais à la prière? Non, sans doute, mais il faut prier avec un cœur sans tache, et jamais avec une conscience souillée d'iniquités. Mais si je me vois surpris par la tentation et que je succombe? Purifiez-vous. Et comment? Pleurez, gémissez, faites l'aumône, réconciliez-vous avec votre ennemi; mettez un frein à votre langue, afin de ne point ajouter un nouveau motif à la colère de Dieu. »
Foi. — A la sainteté de l'âme qui prie doit s'unir une foi qui s'abandonne, une confiance qui n'hésite jamais. Quelle est, en effet, la signification du précepte apostolique qui réclame une prière exempte des discussions de la pensée? « Ecoutons, dit le saint patriarche, nous ne devons point concevoir de doute sur l'accueil fait à notre prière. Car il est écrit : Tout ce que vous demanderez avec foi, vous sera donné. Mais comment, direz-vous, pouvonsnous croire que nous allons obtenir de Dieu l'objet de notre demande? Vous pouvez le croire, si vous ne sollicitez que les grâces dont son cœur éprouve le besoin de vous combler; si vous ne sollicitez point de faveur qui soit indigne de sa miséricorde. Si vous ne vous abaissez point aux vœux de la chair et du sang. Si vous vous élevez à la hauteur des destinées de votre âme , si vous priez san» colère, si vous vous approchez de Dieu votre maître avec des mains pleines de justice et de sainteté. Ah ! priez ainsi toujours, et croyez que vous recevrez de Dieu tout ce que vous aurez sollicité dans vos prières. »
Ainsi donc, foi, sainteté, persévérance, telles sont les conditions essentielles de la prière chrétienne, de ce lien doux et puissant qui tient enchaînés deux cœurs anirts, le cœur du fils et celui du père, le cœur de l'homme et celui de Dieu.