CHAPITRE XXVIII
hommes possédés du démon. Dans la guerre, pendant la paix, le jour, la nuit, au sein des assemblées de plaisir, aussi bien que dans les réunions où l'on s'abandonne aux macérations du corps, partout, à toute heure, vous ambitionnez l'admirable efficacité, la grâce ineffable de ce signe vénéré.
« Voyez-vous un seul homme se sentir la honte et la rougeur au front, à la pensée que cette croix dont il se signe, est le symbole de la malédiction et de la mort? Ne voyez-vous pas plutôt que tous, nous trouvons en elle un ornement plus resplendissant et plus beau que les couronnes, les diadèmes et les parures étincelantes ? Nonseulement donc la croix n'est pas pour nous un objet de répugnance , mais nous la voyons en tout lieu pleine de charmes et digne de faire l'objet de notre ambition. Partout, en effet, son éclat nous frappe d'admiration, au frontispice de nos demeures, sur nos toits, dans nos livres, dans les villes, dans les bourgades, dans les lieux inhabités comme au sein des cités. Interrogeons le sectateur des idoles, demandons-lui d'où vient que le symbole de la condamnation à la mort et de la malédiction des hommes ait aujourd'hui le privilège de se revêtir de tant de charmes, et d'exciter tant d'ambition et de désirs.
Vraie croix. — « Mais le bois lui-même, sur lequel le corps adoré de Jésus-Christ a souffert l'ignominie du supplice et les tortures de la mort, pourquoi donc est-il devenu le but des prétentions universelles? Pourquoi cet empressement à venir en arracher des parcelles, que les hommes et les femmes enchcâssent dans des capses d'or pour les suspendre sur leur poitrine? Pourquoi cette ambition inconcevable, si la croix n'est qu'un symbole de damnation, de mort et d'infamie? Ah! c'est que le Créateur qui transforme toutes choses, qui dans sa miséricorde a retiré l'univers du profond abime des iniquités, et qui de cette terre a daigné faire un séjour digne du ciel, s'est emparé de ce symbole de malédiction et d'horreur, a
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choisi pour lui-même la mort, la plus ignominieuse des morts, afin d'élever la croix au-dessus de tout être créé dans les splendeurs de sa demeure éternelle. »
Et c'est ctiose rationnelle et juste que ce grand honneur, rendu dans le ciel comme sur la terre, à l'instrument vénéré de l'immolation de Jésus-Christ. Puisque tout honneur, toute gloire, toutes louanges sont dues à THomme-Dieu, Sauveur immolé pour notre bonheur et pour la justice de son Père, où l'adorer, où le contempler, sans le trouver accompagné des indices et des livrées de la croix? Le Dieu fait chair et le Sauveur de l'humanité, c'est le Dieu, c'est la victime de la croix. La croix doit donc s'élever et rayonner au ciel comme sur la terre, partout où s'élève et rayonne la splendeur de la gloire et du sacrifice de Jésus-Christ.
Culte de Marie. — ^Nlais si nous ne pouvons contempler les rameaux de cet arbre sacré du Calvaire, sans y voir attaché le corps expirant de Jésus-Christ, nous ne pouvons point non plus approcher du pied du tronc sanglant de cet autel divin, sans y voir tomber les larmes de sa Mère. Prononcer le nom de l'Homme-Dieu, c'est nommer le Fils de Marie ; adorer l'enfant de Nazareth, écouter l'enseignement du Messie, du désiré des nations, recevoir, au pied des autels son corps et son sang, c'est adorer, écouter et recevoir le Fils de la Vierge bénie. A Bethléem, Jésus-Christ est porté dans ses bras ; à Nazareth, à Capharnaiim, sur le Cahaire, au ciel, dans nos sanctuaires, il vit, il converse, il triomphe avec elle. Saint Chrysostome voit en elle cette terre vierge d'Éden, fertile sans culture, qui présentait spontanément à l'homme son vert feuillage, ses fleurs et ses fruits. « Dieu, dit-il, donne au paradis terrestre le nom d'Éden; il l'appelle le champ vierge, devenu la figure antique de la Vierge sa Mère. Car de même que cette terre sans semence et sans culture, a produit par une germination spontanée les plantes et les b3autés du paradis terrestre, de même la Vierge Marie, exempte de tout