CHAPITRE XXVIII
pacte autour du sôpuiciv du témoin de Jésus-Christ. Suivons l'auguste exemple de leurs majestés impériales, qui viennent mêler leur voix à nos hymnes de triomphe. De quel prétexte oseriez-vous voiler votre indifférence, quand les empereurs quittent leur palais, pour venir incliner leur diadème devant le tombeau du martyr. » Toute la population de Constantinople se montra sensible à cet appel; les deux rives du Bosphore se couvrirent, à la voix du saint évêque, des flots d'un peuple innombrable qui s'étendait sur les deux plages comme les ondulations d'un immense vêtement.
Puissance. — « Les saints, dit saint Chrysostome,ne sontils pas dignes, en effet, de tous les honneurs, puisque même dans la tombe ils sont les protecteurs et la sauvegarde des cités? Oui, leur dépouille est pour les villes un plus puissant rempart que les murs les plus inexpugnables et les rochers du plus dur diamant ; car tous les efforts de l'esprit humain, les murailles, les fortifications, les armes, les soldats, peuvent succomber aux assauts et sous les coups victorieux des instruments et de la valeur d'une puissante armée ; mais lorsqu'une citadelle a pour sauvegarde les reliques des saints, quels que soient l'or, l'argent dont peuvent disposer les ennemis qui l'attaquent, ils ne pourront jamais opposer à ce boulevard une force et des engins qui les puissent égaler. »
Reliques. — Les tombeaux mêmes et les reliques des martyrs n'étaient pas seulement l'objet des plus grands honneurs de la part des hommes, mais ils étaient encore les instruments privilégiés de Dieu lui-même, qui daignait souvent les honorer par une communication visible de sa puissance. Les démons les voyaient avec épouvante. « Les anges déchus, dit saint Chrysostome, peuvent aussi bien que nous contempler le ciel et les astres du firmament; mais en présence de ces plaies du martyr que les chrétiens contemplent et vénèrent, nous voyons s'abaisser, sous le poids de la honte et de la confusion, les yeux de
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CCS anges de ténèbres. C'est une vérité dont je puis asseoir la certitude, non-seulement sur le témoignage des siècles passés, mais aussi sur les faits qui s'accomplissent de nos jours.
« Prenez en effet un homme soumis à la puissance du démon et s'agitant encore dans les convulsions de la rage ; approchez-le de ce sépulcre où sont renfermées les reliques des martyrs , et vous le voyez se soulever avec effort et prendre la fuite, comme si vous l'alliez forcer à marcher sur des charbons enflammés. Dès l'abord du heu saint il s'enfuit, sans même oser lever les yeux sur la capse du saint dont il contemple la victoire. Mais quoi donc! aujourd'hui qu'après tant d'années nous ne possédons plus qu'un peu de cendre et de poussière, il n'ose pas lever les yeux sur le monument où ne git plus de sa dépouille que des ossements nus et glacés ! Que fût-il donc arrivé s'il eût contemplé le martyr couvert de la pourpre de son sang, resplendissant de l'éclat de ses blessures, plus brillantes et plus belles que l'éclat même de l'astre du jour? De quel coup terrible n'eussent point été frappés son esprit et ses yeux? Voyez-vous combien les plaies et les cicatrices des martyrs sont plus admirables, plus glorieuses, et jouissent ici-bas d'une vertu plus puissante que les étoiles du firmament? »
Puissance. — « Oh! quelle n'est donc point, s'écrie saint Chrysostome, la puissance incomparable des saints ! Nonseulement leur corps, leurs paroles, mais leurs vêtements eux-mêmes sont pour toute créature un objet perpétuel de vénération et d'hommages. Le manteau d'Elie divise les eaux du Jourdain ; les chaussures des trois enfants de la fournaise foulent des charbons brûlants et traversent les flammes ; le bois d'Elisée change la nature des eaux ; la verge de Moïse sépare les flots de la mer Rouge et fend les rochers du désert; les vêtements de saint Paul chassent les infirmités et les douleurs; l'ombre de saint Pierre rappelle les morts à la vie, et la flamme qui dévore les
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membres des martyrs Trappe de tiu-reur et met en fuite les anges des ténèbres. »
Culte des reliques. — « Embrassons donc avec foi les tombes sacrées des saints ; enflammons nos cœurs de repentir et d'amour à la vue de leurs bienfaits et de leurs exemples, et poussons en leur présence de profonds gémissements ; car les tombes des martyrs ce sont des ports assurés de salut, des fontaines salutaires d'où découlent des flots de consolation et de paix, des trésors inépuisables de toutes les richesses de l'âme et du cœur. »
Cimetière. — Au culte des saints et des martyrs sont donc attachées, même pour ce monde, les plus consolantes faveurs. Aussi leur mémoire , leurs vertus, leurs restes inanimés sont-ils l'objet d'un respect qui répand jusque sur le cimetière chrétien une sorte de caractère céleste, d'où résulte pour ces lieux sacrés un culte inférieur, lié d'une manière intime au culte des martyrs et des saints. Le cimetière, en effet, ce lieu du sommeil temporaire de l'humanité, c'est aussi le lieu du repos et de l'attente des justes, dont les vertus inconnues des hommes ont à recevoir une récompense aussi belle que celle des martyrs dont les restes reposent avec honneur sur nos autels.
Le jour de la fête de la Croix, saint Chrysostome avait assemblé la population de Constantinople en dehors des murs de la ville, au milieu des tombeaux. Là, le saint évêque, en présence de la dépouille des morts, des restes muets des générations éteintes, parle à ce peuple de son immortelle destinée et du repos momentané qui doit précéder l'éternel repos : « Ce jour, leur dit-il, Jésus-Christ est descendu dans la demeure des morts; c'est l'objet de la fête qui nous assemble en cette enceinte. C'est aussi l'événement d'où résulte le nom de cimetière, afin que vous ne puissiez ignorer que ceux qui reposent en ce lieu ne sont pas morts, mais seulement ensevelis dans la nuit temporaire du sommeil. Car avant la mission de Jésus- Christ, le terme de la vie était a^tpelé la mort et l'enfer;
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mais depuis que Jésus -Christ a subi lui-même le supplice de la mort pour la vie du monde, la mort ne saurait plus avoir d'autre nom que celui de repos ou de sommeil. Voilà pourquoi ce lieu qui reçoit votre dépouille est appelé par nous le champ du sommeil. Ce n'est donc point avec larmes, mais avec espérance que vous devez aborder ce lieu, qui n'est dans la vie qu'un point d'arrêt entre ce monde et l'éternité. »
Dimanche. — Ces réunions de fidèles en l'honneur de Dieu, des saints et des martyrs, n'étaient point soumises dans l'Eglise chrétienne à la décision arbitraire des premiers pasteurs. L'Église avait ses jours de fête, ses époques particulières de réjouissance et de solennité. Parmi ces jours consacrés au culte chrétien, le premier, celui qui remplace le jour de repos de l'ancienne loi, c'est le jour de la résurrection de Jésus-Christ, appelé le jour du Seigneur ou du dimanche. « Car c'est le jour, dit saint Chrysostome, où fut anéanti le sceptre de la mort, où la malédiction fut effacée du front de l'humanité, le péché refoulé dans l'abîme, les portes de l'enfer brisées, la longue guerre de Satan éteinte, Satan lui-même enchaîné dans sa prison, et l'homme enfin reçu, par la réconciliation, dans les bras de Dieu son père.
« Ce jour a vu l'homme non-seulement recouvrer sa dignité perdue, mais encore se revêtir du prestige glorieux d'une plus admirable dignité. Le soleil fut témoin de ce spectacle étrange; il a vu l'homme se transformer en un être immortel. Rappelle-toi toujours, enfant de Dieu, de quels bienfaits tu fus comblé dans ce jour de triomphe; rappelle-toi ce qu'était avant lui ta destinée et ce qu'elle devint avec lui. Pleins de ce souvenir, ne devezvous pas tenir ce jour de la victoire du Seigneur en grand honneur religieux? Gardez-vous donc de le profaner par le désordre des festins , les excès de la table , les jeux désordonnés et les joies bruyantes ; mais conviez vos frères les plus indigents à venir s'asseoir à votre foyer, pour