CHAPITRE XYII
« sur cette terre. Ce que je vous demande, c'est que rien ici- « bas ne puisse jamais refroidir votre zèle et votre amour « pour l'Église. I/"Église n'a point à s'affecter de ma prête sence ou de mon exil ; elle aura toujours à s'incliner sous « la houlette d'un pasteur, car elle ne saurait exister sans (f évêque. Quand donc vous verrez un nouveau pasteur, « ordonné malgré sa résistance, ne devant point son éîéva- « tion à la cabale, mais porté dans l'Église par un assen- « timent unanime, sachez que celui-là c'est l'élu du Sei- « gneur. C'est l'envoyé de Dieu pour l'édification du « troupeau fidèle ; inclinez la tête devant lui, comme vous « l'avez inclinée devant l'évêque Jean. Et maintenant, « écoutez encore ; accueillez favorablement mon dernier « vœu. Si vous voulez que Dieu vous fasse un jour misé- « ricorde, faites-moi miséricorde à moi-même. Bientôt je « ne serai plus auprès de vous ; souvenez-vous de moi « dans vos prières. »
Rien n'égale la douleur que firent éclater ces tristes paroles, ce déchirant adieu. Ces pauvres âmes ne pouvaient être immolées par un coup plus terrible ; on ne pouvait exiger de leur faiblesse un sacrifice plus cruel. Elles se jettent tout éplorées aux pieds du saint évêque; elles s'abandonnent aux larmes, aux gémissements, aux sanglots.
Le saint fut effrayé de la pensée que cette explosion bruyante de leur chagrin pouvait appeler l'attention da peuple, dont les flots tumultueux entouraient, la basilique. Un tel malheur eût excité sur-le-champ un bouleversement général. Il fait signe à l'un des plus saints de ses prêtres qui l'accompagnait, et lui dit : « Emmenez-les au « plus vite, de peur que leurs cris de douleur n'arrivent c( aux oreilles du peuple. »
Ces saintes femmes, placées comme celles du Calvaire, sur le passage de la victime qui va s'immoler, se calment à sa voix. Saint Chrysostome termine ainsi sa mission de pasteur et d'évêque. Désormais il faut marcher au supplice; il sort de la basilique par la porte de l'orient. A celle
d'occident, pour donner le change au peuple, on tenait, au pied du grand portail de l'église, le cheval qu'il avait coutume de monter dans ses courses apostoliques. Il était prêt cl le recevoir encore pour le conduire h son lieu d'exil. C'est là qu'une foule immense en proie à la terreur et prête à l'agitation, attendait son père, pour entendre ses dernières paroles, et recevoir sa dernière bénédiction, pour éternel adieu; mais son attente fut trompée.
Pendant que les plus ardents frémissaient d'impatience, et que tout le troupeau dans les larmes espérait contempler une fois encore les traits vénérés de son pasleur, saint Chrysostome, pour éviter un conflit sanglant entre le peuple et la milice, s'éloignait en secret, du côté de l'orient et se dirigeait vers le vaisseau qui l'attendait pour le transporter en Bithynie. Mais cette situation ne pouvait durer longtemps, sans mettre la ville en danger; le peuple semblait déjà se lasser d'attendre.
Quelques-uns des persécuteurs du saint furent effrayés de la pensée que si le peuple impatient avait la certitude ou le soupçon de son départ, il se porterait à sa rencontre pour l'arrêter au passage, le forcer à rétrograder vers son église et le replacer sur son siège épiscopal. Dans le trouble causé par cette appréhension, ils ferment précipitamment les portes de la métropole. Au dehors , la multitude à la vue de cette mesure, dont le motif lui demeure inconnu, s'imagine que l'église se ferme parce qu'elle est veuve de son pasteur, et que saint Chrysostome est entraîné vers la mer. Une foule se précipite avec clameur vers le port pour s'emparer de son évêque ; d'autres s'enfuient épouvantés, comme si le tumulte et la purturbation devaient attirer sur eux la colère et la vengeance des empereurs.
Ceux qui sont renfermés dans la basilique s'exaltent par la crainte et la fureur que leur situation leur inspire. Ils se ruent contre les jwrtes et s'y poussent, amoncelés et comprimés dans un tumulte effroyable, pendant qu'au