‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 27 sur 214 · CHAPITRE XVII. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. U

Il ne s'agissait plus ici seulement d'une question de personne ; l'Eglise elle-même, en effet, avait à rechercher si rincendie du temple était le résultat d'un crime ou la manifestation de la colère du ciel. Saint Chrysostome voulait apporter la lumière sur ce point; mais son témoignage était chose superflue. Il eut beau prolester de son innocence; rien ne put fléchir l'impitoyable animosilé de ses persécuteurs. On ne veut écouter aucune de ses plaintes ; accueillii' aucune de ses réclamations ; chaque parole de sa part , chaque demande de la part des siens, devient le prétexte de quelques nouvelles tortures.

Que leur importait en effet ses plaintes et ses réclamations ? Ce n'était pas la vérité que Ton voulait voir Jaillir de ce combat suprême entre la force et l'innocence. La vérité, pour eux, elle n'était pas chose inconnue. Ce qu'ils cherchaient, c'était quelque parole équivoque échappée à la souffrance, qui leur permît de représenter le saint évêque comme le provocateur de l'incendie, et, s'ils le pouvaient, comme le principal auteur.

Mais qu'avaient à faire la ruse et les rigueurs contre la droiture et l'innocence? Les ministres de l'empereur ne purent rien obtenir. Ils prirent alors la résolution de demander son (Hoignement de la province. Un se mit en mesure de réunir une escorte de soldats, pour le conduire au lieu de son exil, h Cucuse, en Arménie, ville située sur le Taurus, à l'extrémité de l'empire. Cucuse était une forteresse, assise sur la montagne. Elle était presque continuellement assiégée à cette époque par les Isaures, pirates fameux que l'on appelait les brigands des mers. On avait l'espoir de voir un jour le saint tomber entre les mains de ces bandes forcenées ; et le dernier supplice que l'on attendait pour lui de la barbarie d'un peuple maudit et redouté, pouvait arriver h temps, sans les charger d'un nouveau crime, pour les délivrer de sa présence qu'ils regardaient, même au loin, comme un intolérable fardeau. Tels étaient les plans de ces hommes féroces qui

K6 SAIiXT CHRYSOSTOME.

prétendaient agir au nom des intérêts les plus chers de l'Église chrétienne.

Il ne suffisait pas encore à la persécution de frapper et d'éloigner le pasteur, il fallait aussi sévir avec fureur contre les brebis de la bergerie. Mais à quelles mains confier le soin de relever les instruments de tortures qui reposaient inactifs depuis la mort providentielle de Julien TApostat ! Antiochus et les siens ne pouvaient pas, pour cette exécution, faire appel à des chrétiens, même à des schismatiques. A la vue du sang de leurs frères ils eussent reculé d'horreur. Un seul parti restait h prendre ; c'était d'armer des mains païennes, accoutumées à déchirer les entrailles des saints.

Ce fut un beau jour pour Optât, préfet de Constantinople, que celui qui lui rappelait les temps glorieux de ses héros, de Néron, d'Héliogabale et de Caracalla. Cet homme sans cœur, digne héritier de la férocité païenne, saisit avec trop d'ardeur cette occasion de raviver toutes les horreurs des persécutions, qui pendant trois cents ans avaient presque constamment fait flotter dans le sang des martyrs le berceau de l'Eglise. Dans cette pensée, il veut se mettre à la hauteur de sa sanglante mission; il fait rechercher comme des bêtes fauves tous les amis de saint Chrysostome. Il les fait mettre à la question, et, soas prétexte de découvrir les auteurs de l'incendie , il leur fait subir les plus intolérables tourments. Le paganisme semble se relever de ses cendres et se réveiller tout glorieux à l'aspect du sang et de l'agonie des catholiques.

Il ne fut plus permis désormais de s'assembler dans les temples pour les saints mystères, ni de se présenter dans les lieux publics. Les catholiques cherchent inutilement à s'abriter dans les réduits les plus éloignés , dans les retraites les plus sombres. Sur les ordres de l'empereur, des cohortes sanguinaires , armées de verges , de bâtons et de pierres, parcourent tous les réduits de Constantinople pour disperser sur tous les points leurs réunions in-

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