CHAPITRE XVII
offensives. On saisit , on plonge impitoyablement dans les fers les amis connus du saint patriarche. On permet aux hordes impériales de s'abandonner contre eux à tous leurs instincts de bestiale férocité. De Jeunes femmes, de faibles vierges se voient impitoyablement dépouillées de leurs ornements et de leurs parures. On leur arrache avec brutalité leurs bracelets, leurs ceintures et leurs pendants d'oreilles, avec lesquels on détache des lambeaux de chair. Mais ni les tourments, ni les outrages, ni la confusion qui remplit la cité tout entière ne peuvent affaiblir l'amour que ce peuple infortuné conserve pour son évêque. Chassé des temples, du Forum, des places et des bains publics, menacé dans sa demeure , il abandonne son foyer, sa maison, sa vie domestique. Il s'exile de ce lieu maudit; il emmène avec lui femmes, enfants, vieillards. Il est suivi de tout ce qui porte une âme honnête et de tout ce qui se sent encore le cœur battre pour la foi, la justice et la vertu.
Mais, dans cette fuite précipitée, ils ne pouvaient pas tous parvenir à se soustraire complètement à la rage des schismatiques. Il semblait que des immolations pures devaient, dans cette circonstance, s'ajouter à celle du Sauveur pour le salut de tous. Les persécuteurs, en effet, parvenaient souvent à s'emparer d'illustres et précieuses victimes.
Saint Chrysostome avait élevé pour le sanctuaire le jeune Eutrope, aimable enfant doué de la piété des anges, et dont la candeur virginale ajoutait un nouveau charme à la vertu. Devenu lecteur et chantre, il vivait auprès du saint qu'il appelait son père ; il passait à ses côtés, au service de l'autel, une partie considérable du jour et des veilles de la nuit. On devait naturellement attendre de son témoignage quelque lumière qui pût mettre sur les traces des auteurs de l'incendie. Mais ce que l'on désirait surtout, c'était d'arracher à son ingénuité quelques paroles naïves qui pussent compromettre les catholiques.
Le préfet s'empare de sa personne et le fait mettre à la question. On le frappe jusqu'au sang avec des bâtons et des lanières crues; puis on promène sur ses chairs en lambeaux des torches enflammées et des charbons de feu. Les bourreaux , armés d'ongles de fer, lui déchirent les côtés et la chair des joues et du front qu'ils arrachent ; les sourcils entraînés suivent l'instrument et se détachent des yeux; puis ces bêles féroces enfoncent des flambeaux ardents jusqu'à ses os dénudés et dans ses côtés entr'ouverts. La vie ne pouvait tenir longtemps contre tant de tortures ; le martyr expira sur le chevalet sans donner satisfaction à la haine de ses persécuteurs. Il expira sans pouvoir jeter sur le fait mystérieux de l'incendie aucune lumière, sans fournir aucun indice. Angélique enfant, que Dieu n'avait fait que prêter quelques instants à la terre pour l'étonner, et pour lui démontrer par sa constance que Jésus-Christ sait encore ici-bas combattre et souffrir avec ceux qu'il aime !
Eutrope succomba loin du père bien - aimé sous les yeux duquel il avait vécu. Mais si saint Chrysostome ne fut point là pour le soutenir de son regard et de sa voix, ses prêtres fidèles y furent à sa place. Ils avaient suivi le combat de l'innocente victime; ils s'emparèrent de sa dépouille, à la faveur des ténèbres, et la déposèrent avec respect dans un sépulcre secret. Une vision miraculeuse vint attester à la population de Constantinople et la sainteté du martyr et sa destinée glorieuse. On entendit un concert de voix célestes, qui, dans un chant d'une harmonie merveilleuse, unissaient les louanges d'Eutrope à celles du Sauveur.
Le préfet se sentait encouragé par ses premiers actes de barbarie. A ses yeux, saint Chrysostome ne se trouvait pas assez frappé par la mort cruelle de son lecteur. Il s'empare encore du prêtre Tigrius. Tigrius, eunuque et barbare de naissance, avait vécu dans l'esclavage sous un maître puissant dont le cœur venait de se vivifier au