‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 29 sur 214 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

feu de la charité chrétienne. Son mérite et sa vertu Tavaient fait sortir de la condition ser^ ile et l'avaient même fait élever jusqu'à la dignité du sacerdoce chrétien. Il avait les mœurs douces et le cœur miséricordieux. Il aimait, jusqu'au bonheur, h soulager les étrangers et les pauvres ; c'était un ange de douceur, de patience et de charité. Tant de vertus en avaient fait l'ami de cœur de saint Chrysostome, et l'objet de la haine implacable (\p ses ennemis.

Aussi le préfet s'empresse-t-il de le désigner aux ministres de sa barbarie. Il le fait saisir et le soumet aux plus cruelles tortures ; on le dépouille de ses vêtements. Dans cet état de nudité complète, il est frappé de verges jusqu'au sang. Puis, étendu sur un chevalet, il est attaché par les mains et par les pieds, tirés en sens contraire jus qu'à la dislocation des membres. Enfin l'inutilité de tous ces tourments le fait retirer à demi-mort de l'instrument ensanglanté de son supplice.

Il n'a point la douce consolation de pouvoir mourir à côté du martyr Eutrope, ni d'espérer qu'un jour ses ossements reposeront dans le même tombeau ; car le préfet l'envoie terminer ses jours en Mésopotamie. Mais l'Eglise qui les honore le même jour a voulu, dans sa maternelle sollicitude, au moins unir leur mémoire, et les confondre dans un même culte de vénération et d'amour. Eutrope et Tigrius, nobles martyrs de la justice, que ne pouvez-vous éteindre dans votre sang, ou fléchir par votre intercession la haine insatiable de vos persécuteurs !

Pendant que le préfet de Constantinople sévissait par le fer et le feu contre les amis de saint Chrysostome, dont plusieurs expirèrent dans les cachots et dans les tortures, les chefs de la conspiration, Sévérien, Antiochus, Acace, restés maîtres du champ de bataille, ne se donnaient aucun repos. Chacun d'eux eût voulu s'asseoir sur le siège vacant du saint patriarche ; mais force leur fut de s'arrêter devant des difficultés insurmontables, Ils avaient tous

des droits égaux à cet honneur ; il eût donc fallu cabaler encore ; et le succès de leur ambition pouvait affliger l'Église d'un deuil plus malheureux que le premier, en devenant le signal de nouvelles dissensions. Dans cette grave perplexité, chacun prit le parti d'attendre une occasion favorable pour assurer la satisfaction de son orgueil. Mais pour fermer à saint Chrysostome toute espérance de retour, on résolut de donner immédiatement un pasteur provisoire à l'Église de Constantinople ; tel fut l'avis unanime de l'impératrice Eudoxie et de tous les conjurés.

Ils se mettent donc à la recherche d'un homme incapable, et qui puisse être leur créature. Le prêtre Arsace, vieillard octogénaire, leur semble présenter toutes les garanties possibles, et s'offrir comme le sujet le plus digne de leur choix. 11 est l'ennemi de saint Chrysostome ; son grand âge, sa faiblesse, son incapacité, tout concourt à leur faire entrevoir à chacun, dans un avenir assez rapproché, la réalisation probable de leurs secrètes espérances.

Arsace semblait présenter quelques titres spécieux à l'estime des évêques. Il était le propre frère du patriarche Nectaire, de vénérable souvenir. Il avait été proposé pour le siège épiscopal de Tarse, sa patrie ; mais il avait cru devoir énergiquement repousser cet honneur. Cette modestie apparente avait un charme particulier pour les schismatiques ; elle caressait singulièrement leur désir secret d'arriver au moins après lui sur le siège patriarcal. Mais ces ambitieux ne se connaissaient pas en hommes. Nectaire avait jeté sur les secrètes prétentions de son frère un regard plus intelligent et plus sûr. Il connaissait mieux le caractère dissimulé d' Arsace. Il n'avait vu dans son sefus hypocrite, que l'indice accusateur d'une secrète et profonde ambition. Il lui fit le reproche amer d'attendre sa mort, pour venir briguer le siège de Constantinople. Afin de conjurer à jamais un tel malheur, il lui fit promettre par serment, de ne jamais permettre

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qu'on l'honorât du caractère et des fonctions redoutables de l'épiscopat. Mais ce ne fut qu'une mesure inutile ; à l'aspect de la dignité métropolitaine, Arsace ne se somint plus de son serment ; il n'hésita pas un instant à se faire un jeu de ses promesses.

Ainsi la haine et le mensonge avaient banni saint Chrysostome, et le parjure ouvre les portes de son Église à l'ambition de son successeur. Telle fut la fin de l'œuvre du saint patriarche d'Antioche. Flavien, le père et l'ami du saint, le protecteur de sa vocation, n'eut point la douleur d'être témoin de ces malheurs ; il venait de descendre dans la tombe. Dieu n'avait pas voulu ternir les jours de sa vieillesse, par le chagrin dont l'eussent abreuvé les calamités de l'Église, et les souffrances de celui qu'il aimait comme un fils

Le septième jour après le départ de saint Chrysostome, Arsace, le parjure, est solennellement installé sur le siège patriarcal et dans l'Église en deuil. Arsace était un homme de peu de valeur, et dénué de force et d'initiative, d'une parole indolente et d'un langage sans couleur ; rien en lui n'était de nature à provoquer la sympathie. Il ne pouvait paraître, aux yeux des fidèles, dans la chaire et sur le siège de saint Chrysostome, que pour augmenter leur amertume, et faire constater, par son impuissance, la légitimité de leurs regrets.

Il fallait cependant, dans l'intérêt de la conjuration triomphante, lui trouver quelque mérite ; ne fût-ce que pour justifier, dans l'opinion publique, le choix empressé des électeurs. Pour y parvenir, on crut devoir dissimuler .son insouciante faiblesse ; on la décora pompeusement des noms de force de caractère, de grandeur d'âme, de longanimité, d'indulgence et de douceur. Mais les faits vinrent bientôt donner à ces titres empruntés un démenti cruel. L'administration du nouveau métropolitain ne fut point sans tache. D'intolérables abus vinrent souvent ternir Sti réputation de pasteur. Il fit poursuivre et torturer

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