‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 4 sur 214 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

omis dans cette lutte suprême ; ni le charme de l'or, ni 1 "ivresse des honneurs, ni la fièvre de l'ambition et des jouissances. Elle exhume tous les vieux souvenirs ; elle surexciie toutes les rancunes, elle fait arme de tout.

Mais elle ne vit pas tout marcher au gré de ses désirs dans cette exécution des hautes œuvres de la haine. Les ennemis du saint patriarche se montrèrent peu désireux d'aller encore, comme de vils contempteurs de son innocence et de sa sainteté, se heurter sans aucun résultat contre l'assistance visible de Dieu. D'ailleurs saint Chrysostome n'était point à leurs yeux une victime réduite h l'impuissance; ils voyaient se dresser à ses côtés une force matérielle imposante contre laquelle ils s'étaient déjà brisés. C'était l'amour et la vénération du. peuple, qui pouvait offrir à son évêque des milliers de bras et de poitrines. Ils n'osaient point, même avec la faveur d'Eudoxie, s'attaquer au cœur de ce peuple, devant la colère duquel Théophile avait fui tout épouvanté. Devant une telle perspective, ils ne pouvaient pas recommencer l'épreuve ; car ils savaient par l'expérience de tous les âges, que lorsqu'un peuple, fort de son droit, expose à la force sa poitrine, il peut être vaincu sans doute, mais il ne recule jamais.

Il fallait en finir cependant avec saint Chrysostome; ainsi le voulait l'impératrice. Mais entre tous les avis ouverts en cette conjoncture, auquel s'attacher? La décision à prendre n'était ni sûre ni facile. Il leur fallait un prestige exceptionnel , une lumière plus vive, une parole tombant de plus haut. Ils pensèrent que leur premier chef était seul capable de remplir toutes les conditions et de les conduire encore. Ils résolurent donc de passer la nier et d'aller réclamer les lumières et les conseils de l 'évêque d'Alexandrie. Alors ils choisissent des députés et leur donnent pour mission de ramener Théophile à Constanlinople, pour le mettre à la tète de la conjuration, ou du moins, s'il hésite h se rendre h leur appel , à cause

de l'indignation du peuple, d'obtenir de lui des instructions précises, sur la manière la plus convenable et la plus sûre de commencer les hostilités. Car ils ne savaient ni sur quels faits asseoir leurs accusations et leurs calomnies, ni de quels prétextes étayer leurs manœuvres hypocrites.

La vie de saint Chrysostome était connue. C'était un livre ouvert ; et dans ce livre ses ennemis même ne pouvaient découvrir que l'héroïsme de la vertu. Magnifique et sublime hommage pour le saint évêque, que cet aveu de ses ennemis mortels, obligés de confesser à la face du monde entier qu'une existence de soixante ans n'offre pas même un seul prétexte plausible à la calomnie. Aussi Théophile, profondément convaincu de l'intégrité sans tache de l'homme de Dieu, se vit-il obligé d'aller chercher main-forte dans le camp des ennemis de l'Eglise, d'aller fouiller honteusement dans les archives de l'hérésie, pour exhumer des canons opposés à la conduite du saint, et s'en former une base d'accusation contre lui.

Pour ce grand conspirateur, revenir à Constantinople était chose impossible. La rougeur lui montait encore au front, au souvenir du honteux résultat de ses premières cabales. Et cependant son orgueil ne put résister h l'honneur de diriger par ses conseils les opérations et les intrigues de cette nouvelle conjuration. S'il ne va point présider les réunions criminelles de ses anciens collègues, il veut du moins les dominer par ses représentants et par son influence. En conséquence, il choisit dans les rangs du clergé d'Alexandrie trois hommes dignes de l'honneur qu'il leur confère, trois évoques capables d'entrer dans SCS vues, de comprendre ses desseins et de les accomplir. Ce sont Paul etPœmen, hommes de sa contiance, auxquels il associe un jeune évêque qui vient de recevoir l'ordination. Ce jeune homme doit les faveurs de Théophile à Son caractère particulier, qui semble offrir aux conjurés de pn'-cieuses garanties.

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