‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 31 sur 214 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

pour lus schismatiques. Ces hommes do désordre, honteux de leur déconvenue, ont recours à des moyens plus sûrs; au mépris impuissant, ils ajoutent la violence. On poursuit avec fureur tous les amis du saint ; leurs assemblées sont dispersées ; tous les lieux publics leur sont fermés ; ils ne trouvent de sécurité, ni sur les voies publiques, ni dans les lieux les plus secrets, ni même dans leurs propres demeures. Il ne leur est plus permis de paraître ni sur les places de la ville, ni dans les thermes ouverts à toute la population. Un grand nombre de lamilles s'expatrient ; elles vont chercher sur la terre de l'exil le salut et la paix. Elles y respirent un air plus pur, et le cœur y bat avec plus de liberté pour le triomphe de la justice.

Ainsi la perturbation du bercail et la fuite du troupeau, sont les premières conséquences du coup qui vient de frapper le pasteur.

Mais pendant que les fidèles quittent leur patrie et que le troupeau se disperse et s'enfuit , les intérêts sacrés de la justice réclament impérieusement un défenseur auprès du tribunal suprême du chef de l'Eglise ; aussi saint Chrysostome, seul, calme et sans crainte, au milieu de la terreur universelle , prend-il énergiquement en main la cause du bon droit et de la discipline ecclésiastique. Il envoie à Rome des députés , avec une lettre au pape Innocent I".

« Au très-vénéré seigneur, et (rès-pieux évêque Inno- « cent, Jean, salut en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

« Bien longtemps avant la réception de notre lettre,

« votre sainteté sans doute était informée de l'attentat

« que l'audace et l'iniquité viennent de consommer dans

« notre Eglise. La grandeur de ce crime est telle qu'il n'est

« point un seul coin de l'univers qui n'ait retenti du bruit

« des calamités dont il nous accable. Car la renommée,

« en portant jusqu'aux extrémités de la terre le récit des

« faits accomplis au milieu de nous, a répandu partout le

« deuil, fait éclater en tous lieux des gémissements, et « lait verser des larmes.

« Mais ce ne sont pas seulement des pleurs que la « conscience réclame ; elle appelle surtout un examen sé- « vère sur les causes de nos malheurs ; elle invoque une « action toute-puissante, qui puisse sauver de la tempête « le vaisseau vacillant de l'Église.

a En présence d'une situation si terrible, je me suis « cru dans le devoir de m'adresser aux très-pieux et très- « honorés seigneurs les évêques, Démétrius, Pansophius, « Eugénius et Pappus. Je les ai persuadés de la nécessité « de quitter leurs Églises, et de s'exposer aux dangers de « la grande mer, pour entreprendre un long et périlleux « voyage, afin d'aller déposer nos vœux et notre cause « aux pieds de votre sainteté. Je les ai chargés d'exposer (( notre situation et nos sujets de larmes dans toute leur « vérité ; mais aussi de réclamer un prompt et complet « redressement des iniquités dont nous sommes victimes. (( Je leur ai donné pour compagnons, dans leur périlleux « voyage, les très-honorés et bien-aimés diacres, Cyriaque « et Paul. Et moi-même je me suis fait un devoir de « porter à la connaissance de votre charité, par un récit « limité dans le cadre étroit d'une lettre ordinaire, l'abrégé (( sommaire des événements qui nous ont plongés dans « le deuil.

« Voici l'origine de nos malheurs. L'évêque Théophile, (c à qui fut confiée la direction de l'Eghse d'Alexandrie, « fut traduit par quelques-uns des siens, au tribunal de « notre très-pieux empereur, et reçut ordre de se rendre « seul à Constantinople. Mais il ne voulut point obtempé- (( rer ni se rendre à cette paternelle invitation. Au lieu « d'arriver seul, il s'entoura d'une multitude d'Egyptiens « de toutes conditions et de toutes sortes, parmi lesquels « on comptait avec douleur un grand nombre d'évêques. « Avec ce cortège, il vint opérer son débarquement, dans « l'intention trop manifeste de nous adresser au premiei^

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