‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 32 sur 214 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

« abord des menaces de guerre, et de se préparer au com- « bat. Puis il fait son entrée dans la grande et pieuse « cité de Constantinople. Mais il ne daigne point entrer à « l'église, selon l'usage ancien et consacré de nos Pères. « Il dédaigne même de nous accueillir. 11 nous refuse « toute communication dans la prière et dans Toblation « des saints mystères ; il semble vouloir nous frapper de « flétrissure et de réprobation. Il refuse même obstiné- « ment de nous adresser ou de nous répondre une seule a parole,

« A la sortie de son vaisseau, notre frère passe sans « s'arrêter devant le seuil de l'église; puis il s'éloigne « avec les siens pour aller fixer sa demeure en dehors de « la cité. Nous espérions les amener aux sentiments de « charité sacerdotale ; mais notre illusion était complète. « Aux nombreuses sollicitations, aux offres réitérées « d'hospitalité que nous nous empressions de leur adresse ser, car nous possédions des édifices complètement « pourvus de tout ce que peuvent exiger les convenances, « à toutes ces déférences, ni lui ni les siens ne daignèrent (( répondre que par un refus. A la vue de cette injuste « attitude, nous tombâmes dans une perplexité doulou- « reuse ; il nous était impossible même de soupçonner la « cause ou le prétexte d'une telle inimitié. Nous fîmes « néanmoins tous nos efforts pour ne point faillir à nos « devoirs, à notre charité d'évèque.

<( Dans cette situation cruelle, nous ne cessions de mul- « tiplier nos instances, et de les supplier de daigner ac- « cepter notre hospitalité fraternelle ; nous les conjurâmes « de vouloir bien au moins nous révéler les motifs qui « les portaient à nous aborder par la déclaration d'une « telle guerre, qui répandait dans la cité la discorde et la " perturbation. Nous ne pûmes obtenir aucune réponse.

« Cependant les accusateurs de Théophile insistaient « avec obstination. Notre très-pieux empereur m'appelle, « et m'ordonne d'aller au dehors de la ville, entendre sa

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8 cause et le juger dans sa propre demeure. 11 était ac- « cusé de meurtres, de dévastations et de plusieurs autres « crimes. jMais nous , plein de respect pour les lois de « nos ancêtres et de considération pour l'honneur d'un a frère, et d'ailleurs ayant encore sous les yeux ses lettres, « par lesquelles il nous rappelait que les affaires conten- « tieuses d'une province ne peuvent point en franchir les « limites, et que les jugements des sujets d'une Eglise ne « doivent être portés que dans le cercle de sa jurisdiction, « nous avons déclaré notre incompétence, et nous nous « sommes énergiquement défendu de cette tentative d'in- « fraction aux lois ecclésiastiques.

« Mais de son côté, Théophile ne se mettait point en « peine de s'astreindre comme nous aux lois de la réserve « et de la délicatesse. Toujours préoccupé de ses desseins « de guerre fratricide, il mande auprès de sa personne, « avec grande ostentation d'autorité, l'archidiacre de « notre métropole, comme si l'Église était déjà veuve de « son pasteur ; et par l'influence active de ce dignitaire « infidèle, il gagne à sa cause le collège tout entier des « clercs. On vit alors les temples abandonnés par les « prêtres qui se laissaient entraîner par les agents de la « révolte. On les obligeait à composer contre nous des lift belles; et ces hommes, nos amis, se laissaient ainsi « dresser au vil métier de calomniateurs.

« Après cette première victoire , et sans s'être disculpé « lui-même des charges accablantes qui pèsent sur lui, « Théophile nous adresse une sommation, contre tous les « canons et tous les usages de l'Église, et veut nous obli- « ger nous-même de comparaître au pied de son tribunal.

« Quant à nous , nous étions profondément convaincu « que nous n'étions point appelé, dans cette circonstance, (( à nous présenter devant un juge, ce que nous eussions « accepté' mille fois avec confiance, mais seulement h nous « soumettre au jugement passionné d'un ennemi surex- « cité par la haine. Cette conviction reposait sur l'attitude

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« preseule cl les procédés antérieurs de Théophile, comme a elle est pleinement confirmée par son inimitié subsé- « quente. Nous ne pouvions donc point nous hasarder à « nous rendre à son invitation; mais nous nous sommes « empressé de lui députer trois évêques : Démétrius de « Pessinonle, Eulysius d'Apamée, etLupicinus d'Apiarée, « accompagnés des prêtres Sévère et Germain. Nous les « avons chargés de nous représenter auprès de notre frère, « l'évêque d'Alexandrie ; nous leur avons confié notre ré- « ponse, à laquelle nous nous sommes efïbrcé d'imprimer « un caractère convenable de modération et de douceur. a Nous disions à Théophile que nous n'avions aucun motif « de reculer devant une épreuve judiciaire, mais que nous « tenions seulement à repousser une inimitié qui se ma- « nifestait à ciel ouvert par la haine et la guerre. Com- « ment, en effet, cet homme, qui , sans avoir encore reçu « contre nous de libelles accusateurs, débutait à la face « du ciel par de telles énormités, se refusait sans raison « l'entrée de l'Église , se séparait de la communion et de « la prière , cherchait à corrompre les clercs , à suborner « des calomniateurs, et faisait des églises un désert, com- « ment cet homme , sans autorité , pouvait-il s'arroger le « droit de monter sur le trône de la justice? N'est-il pas « sans exemple de voir un évêque d'Egypte quitter son ff troupeau, pour venir au delà des mers soumettre à son « jugement les pasteurs de la province de Thrace? Et « cela quand il est lui-même accusé , quand il a le cœur « rongé par la haine et qu'il vient, non avec la froide im- « partialité d'un juge , mais avec l'attitude et tout l'appa- « reil d'un combattant?

« Théophile ne craignait point de fouler aux pieds tout « respect pour les saintes lois de l'Église ; tout lui sem- « blait permis pour marcher sans pudeur à l'accomplisse- « ment de ses desseins de vindication. Nous lui proteste tons que nous sommes disposé à comparaître devant un « concile , même de mille évêques , pour nous disculper

« des imputations qui nous sont opposées, et démontrer « notre innocence, à laquelle rien au monde ne peut porter « atteinte. Il ne veut rien entendre; et malgré notre ab- « sence, malgré notre appel incessant au jugement impar- « tial d'un concile, malgré nos déclarations, protestant « que nous ne repoussons point les investigations légales « mais seulement les machinations à ciel ouvert de la « vengeance et de la haine , malgré le cri de toutes les « consciences , cet homme implacable recrute des accusa- « teurs, admet à la communion tous ceux que nous avons « repoussés de la participation aux saints mystères, et « sans exiger de leur part aucune justification préalable « de leurs crimes, il accepte leurs libelles, et rédige avec « ostentation contre nous des actes d'accusation. C'est ainsi « qu'à la l'ace du monde entier, il foule aux pieds toutes (I les lois et toutes les règles disciplinaires de l'Eglise.

« Mais qu'est-il besoin d'exhumer ces méfaits , et de « s'arrêter au récit de tant de scandales? Il a renmé les « passions jusqu'à la fange, pour nous bannir avec éclat « de la métropole et de la ville impériale. Il nous a chassé « la nuit; il nous a fait saisir au milieu des flots de peuple « qui nous entouraient. Un chef de la police, docile ins- « trument de sa haine, s'est emparé de nous, nous a traîné « violemment par les rues de la ville, et nous a jeté dans u un vaisseau qui nous attendait près du rivage. Puis , à « la faveur des ténèbres, on nous a transporté sur la terre « d'exil, et cela malgré notre appel incessant à la justice « d'un concile. Quel cœur d'airain peut entendre le récit « de ces infamies sans se sentir les yeux involontairement M mouillés de larmes ?

« Mais, ainsi que nous nous sommes fait un devoir de « le dire , il ne suffît pas de pleurer et de gémir sur ces « crimes, il faut les réparer. Je conjure donc votre cha- (( rite de prendre l'initiative, de flétrir ces scandales, et « de recourir à toutes les voies légitimes, pour mettre « enlin un terme à nos malheurs.

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