‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 34 sur 214 · CHAPITRE XVH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVH

K accusateurs. Rieiinest entendu ; il ne nous revient pour « toute réponse que la douleur de nous voir, pour la se- « conde fois, chassé de notre Eglise.

« Mais comment entreprendre de raconter ici des faits (( qui surpassent, en perversité, les attentats les plus af- <( freux. Quelle parole peut en exprimer Tinfamie , et « quelle oreille peut en entendre le récit sans un frisson « d'horreur? Pendant que nous renouvelions nos ins- « tances, le soir du grand samedi de la résurrection, à « la tombée des ténèbres , une bande nombreuse de sol- « dats se précipite dans l'église. On chasse avec bruta- « lité tout le clergé qui nous assiste dans les fonctions de w noire ministère. Le lieu saint semble menacé d'un as- « saut sanglant. On entoure le sanctuaire d'une haie me- « naçante de lances et d'épées. Les femmes employées « dans le baptistère, avaient quitté' leurs vêtements pour a l'administration du baptême. Surprises , hors d'elles- « mêmes à la vue de la force armée et de l'audace des sol- « dats , elles s'enfuient dans leur état de nudité, sans « avoir le temps de se revêtir du voile que réclame la « bienséance. Plusieurs d'entre elles sont jetées à la porte, « toutes couvertes de plaies. Le sang qui ruisselle va « souiller la piscine sacrée; l'eau sainte de la régénéra- <( tion baptismale semble changée en une masse de sang !< humain.

« Heureux encore si là se fut arrêtée la fureur sacri- «I lége des soldats ! Mais ils ne respectent point la majesté «du sanctuaire; ils entrent dans la partie réservée du « lieu saint , bi^n que la plupart d'entre eux ne soient « point initiés à nos mystères. Ils contemplent tout à dé- « couvert; et, dans cette perturbation lamentable, on voit, « avec épouvante, le sang trois fois saint de Jésus-Christ, « se répandre sur leurs vêtements. C'est une dévastation « de barbares ; on s'abandonne à tous les excès ; on com- « met les plus horribles attentats.

«Le peuple est repoussé vers les plages désertes, et

« la population presque tout entière se hâte de quitter les « murs inhospitaliers de la ville impc^-riale. Elle t'ait de « Constantinople un désert ; au grand jour de la résurrec- « lion, les églises sont veuves de leurs fidèles. Plus de « quarante évêques, qui nous demeuraient unis par rnf- « fection a^^ec le peuple et les clercs, sont chassés cruel- 0 lement et sans raison de leurs demeures. Ce sont des « jours de calamité publique : dans toutes les parties de « la cité, les maisons, les lieux publics, la solitude elle- « même, ne retentissent que de gémissements, de plaintes « et de sanglots. On n'y contemple que des scènes de 0 douleur, on n'y voit que des larmes,

« Dans cet aveugle débordement de fureur et d'impiété, (( les étrangers se joignaient aux victimes pour prendre « part à notre deuil et compatir à nos angoisses. Non- « seulement ceux qui partageaient nos croyances, mais « aussi les hérétiques, les juifs, et les Grecs eux-mêmes, (( s'associaient à nos terreurs comme dans une ville prise «(d'assaut, tant étaient lamentables les frémissements, c( l'épouvante et la perturbation universelle. Tous ces aL- « tentais ont éti; consommés dans l'ombre de la nuit et « contre la volont('' de notre très-pieux empereur. Ils « étaient préparés et présidés par des évêques, accompa- « gnés eux-mêmes, non par les diacres, leurs ministres, K mais par des hommes de guerre accoutumés aux ma- « nœuvres des camps.

« Le lendemain de ces scènes sauvages, la population a tout entière de Constantinople a déserté ses demeures ; « elle s'est répandue au loin sous les arbres touffus et dans « les fourrés des bois, comme un troupeau sans guide , « pour y célébrer avec sécurité les mystères de la grande « fête de la résurrection.

« Ce seul r(''ciL peut faire comprendre toute l'étendue de « nos calamités. L'exposé complet de tous les crimes con- « sommés sous nos yeux, serait pour nous chose impos- « sible. Mais ce qui nous yjlonge dans une profonde cons-

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