‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 5 sur 214 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

L'évêque d'Alexandrie envoie à Constantinople avec les députés, ces trois hommes, ses créatures, qui doivent faire peser sur les conseils de la révolte l'ascendant de sa haute autorité. Dans les archives de l'hérésie , il avait eu la bonne fortune de rencontrer des canons opposés à la conduite de saint Chrysostome. Ces canons avaient été décrétés par un conciliabule d'hérétiques tenu depuis plus d'un demi-siècle dans la ville d'Antioche. Après le concile de la Dédicace, assemblé par ordre de l'empereur Constance, quarante ariens s'étaient réunis en synode pour foudroyer saint Athanase, alors la colonne de l'Eglise d'Orient. Ce sont les canons décrétés contre ce grand homme, que Théophile confie à ses agents, comme des armes invincibles contre un frère, un saint dans lequel le monde entier voyait une autre colonne de l'Eglise. D'après ces canons, saint Chrysostome pouvait paraître répréhensible, bien qu'il ne le fût sous aucun rapport. On crut néanmoins qu'en vertu de ces règlements, qu'il n'avait nullement violés, il devait encourir une condamnation certaine.

L'arrivée à Constantinople de ces évêques et des dépuputés fut le signal d'une explosion de joie bruyante dans le camp de la conjuration. On les met immédiatement en rapport avec les affîdés de la capitale. D'après les conseils de Théophile, chaleureusement adoptés par Eudoxie , on convoque à Constantinople tous les métropolitains et les évêques de Phrygie, de Cappadoce, de Pont et de Syrie. Un grand nombre d'évêques répondit à l'appel des conjurés. Mais beaucoup d'autres ne tinrent aucun compte des lettres de convocation. Ils ne voulurent ni porter au schisme naissant l'appoint de leur influence et de leur autorité, ni faire grandir par leur présence, les proportions d'un combat acharné qui devait faire de nombreuses victimes.

Parmi les habiles qui ne se firent point attendre , on romarqiinit T,('nnf'f. évôqiio d'Ancyre en Galatie, ainsi

f[u"AiTimonius de Laodicée, en Pisidie, hommes imprudents qui mirent l'Église en feu. Près de ces hommes, on voyait Acace de Bérœe, cet ennemi d'autrefois; Antiochusdo Ptolémaïde en Syrie, et Brison, évêque de Philirtpopolis, de la province de Thrace. Que veulent donc tous ces évoques? Quels motifs les amènent à Constantinople ? l'Uranges faiblesses de Thumanité ! mais aussi terribles ddrrets de la justice divine ! Tous ces hommes de haute inlelligence et de savoir profond viennent se laisser aller au vent des illusions les plus désastreuses. Ils se croient les soutiens indispensables de Tédifice de Jésus-Christ , et le Sauveur va leur montrer que son édifice peut tenir malgré leur d(^laillancc. Ils semblent oublier qu'ils ne sont que les brebis du lîercail, et qu'ils ont besoin, pour se sauver du précipice, d'entendre la voix et de suivre la direction du suprême Pasteur.

Un grand nombre de Pères , égarés par le respect que commandait la dignité de Tévêque d'Alexandrie, allaient à Constantinople, en athlètes sincères , pour défendre l'honneur de l'Eglise et la cause de Dieu ; mais d'autres étaient animés de pensées moins généreuses : l'erreur presque volontaire, un zèle trop ardent, l'envie, des antécédents malheureux, le souvenir d'une ambition déçue , un vague espoir dont se berçait un imbécile orgueil, telles étaient les vraies causes de l'empressement de quelques-uns à répondre à l'appel des conjurés.

Le souvenir des fautes de leurs prédécesseurs leur inspira des mesures de prudence. Ils répudièrent les errements dans lesquels Théophile lui-même s'était brisé. Mais le résultat de leur circonspection ne devait point répondre complètement à leur attente. Les évoques du Chêne avaient traité sévèrement saint Chrysostome. Ils avaient obstinément refusé toute communication avec lui : c'est à cette imprudente rigueur que les nouveaux conspirateurs devaient attribuer le honteux échec des anciennes manœuvres. Pour eux, leur premier soin fut de se présenter au

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