CHAPITRE XVir
sombre crêpe de deuil. On s'empare de sa personne, on la traîne sans pitié devant la multitude, au milieu de la place publique, pour la l'aire comparaître comme une criminelle devant le tribunal du préfet de Constantinople. Accusée sans preuve, elle se voit condamnée par une sentence arbitraire à subir le supplice d'un noir cachot. Mais elle est incapable de transiger avec les lois de la conscience ; elle résiste avec énergie, et bientôt son courage et sa persévérance sont couronnés d'un plein succès. Dieu fléchit et couvre de confusion les êtres forcenés qui la persécutent. Après quelques jours de souffrances, l'air et le soleil lui sont rendus. Mais il lui faut une liberté sans entraves. A Constantinople , elle ne peut faire un pas sans entendre le bruit des fers de la persécution. Elle songe à se soustraire aux dangers qui la menacent dans sa patrie. Mais saint Chrysostome est là qui veille du fond de son réduit sur les membres fidèles de son troupeau. L'exil volontaire de Pentadie eût laissé presque sans secours les infortunées victimes de la vengeance des schismatiques. Il l'exhorte donc à prendre courage, pour réparer avec persévérance tous les désastres du torrent.
« Ne vous laissez point dompter par la terreur, lui dit- « il , en présence des plus sanglantes menaces. Quand « même vous auriez sous les yeux vos bourreaux ivres de « rage, grinçant des dents, ne respirant que le carnage et « l'extermination, et se vautrant dans le sang humain, « avec la colère féroce de la bête , réjouissez-vous à cette « vue et tressaillez d'un sentiment de bonheur. Maintenez, « au milieu du péril , votre cœur impassible et fort ; ayez « une âme virile, et riez avec l'insouciance du dédain de « toutes les embûches que l'on dresse contre vous, et de « tous les pièges que l'on tend sous vos pas avec de grands « efforts de ruse et de démence. »
Puis il la conjure de se dévouer sans réserve pour panser et cicatriser les plaies saignantes de l'Eglise. Il la constitue, au nom du ciel, l'ange consolateur, la pro-
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tecti'ico et lu suiilicu de ses frères et de ses amis pers<^cutés.
Il existait encore , en effet , un grand nombre d'autres victimes; beaucoup d'autres gémissaient encore dans les prisons et sous les verges des bourreaux. Procula, Bassianc, Asyncritia, Chalcidie et leurs compagnes, subissaient d'horribles épreuves. Du milieu de leurs combats, elle lui tendaient la main et réclamaient avec larmes ses consolations et son secours.
Cependant, l'héroïque constance des catholiques commençait à vaincre la ténacité des persécuteurs. Ni l'enquête ni les tourments n'avaient pu faire découvrir les auteurs de l'incendie. On résolut donc d'arrêter des recherches stériles, qui n'avaient eu pour résultat que d'assurer le triomphe des amis de saint Chrysoslome et la honte de la conspiration.
En conséquence, une ordonnance de l'empereur;, ayant force de loi de l'empire, est adressée au préfet Studius, dont le nom seul produisait l'épouvante. Cette ordonnance ouvre les prisons à tous les clercs ; elle prescrit qu'ils soient immédiatement chassés de Constantinople, embarqués sous bonne garde et transportés dans leurs provinces. Elle confisque toutes les maisons privées qui servent d'asiles aux amis de saint Chrysostome, et toutes celles dans lesquelles les évêques et les clercs ont tenu des assemblées.
Un mois après cette ordonnance barbare, il parut un décret non moins empi^eint de despotisme et de brutalité. Tous les maîtres reçurent l'ordre d'empêcher leurs esclaves d'assister aux réunions catholiques. C'était une extension de l'arrêt général de proscription porté contre tous ceux qui se croyaient dans le devoir de répudier la communion de l'évêque intrus. Cette mesure devait être exécutée par tous, sous peine d'une amende de trois livres d'or par tête. Les classes industrielles ne furent point laissées à l'abri de cette vexation. Tous les corps de métiers furent égale-