‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 43 sur 214 · CHAPITRE XVIII. So · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. So

les instruments les plus propres à l'accomplissement de ses désirs.

Un moine solitaire, uniquement occupé de la prière et de la méditation, donnait alors à Nicée un magnifique exemple des austérités et de la perfection de la vie contemplative. Saint Chrysostome porte sur lui son attention. Il découvre dans cet homme tout l'héroïsme d'un apôtre. Immédiatement, il s'empare de son esprit ; il lui persuade que ce ne serait point déroger à sa soumission absolue aux ordres de la volonté divine que de partir pour le pays lointain de la Judée, afin d'y prendre, par des travaux apostoliques, une large part dans la mission du Sauveur. 11 l'envoie donc en Phénicie ; il l'adresse à son ami, le prêtre Constantius.

Constantius, homme divin, était à la fois l'âme et Tins ■ trument de cette mission de miséricorde , d'abnégation et de martyre. Cette œuvre était une source de tourments, d'amertumes et de déception infinis, et Constantius l'accomplissait lentement , avec le courage d'un ange et la persévérance d'un saint. Sans cesse arrêté par des obstacles, poursuivi par ceux-là mêmes qu'il venait gagner à la cause de Dieu, vendu par de faux frères, trahi, chassé, calomnié, traîné sur la claie , il sentait parfois son âme faiblir au milieu de ses angoisses, son zèle semblait souvent près de défaillir sous le poids de la lassitude et du dégoût.

Saint Chrysostome, captif lui-même, se sentait tressaillir à la vue d'une telle lutte. Il sui^'ait avec anxiété ce combat à mort entre l'apostolat et l'erreur ; il en éprouvait toutes les émotions ; il en partageait par le cœur les chances, les travaux et les péripéties accablantes. Mais il ne voulut pas laisser Constantius soutenir seul le poids de cette lutte inégale. Il charge le moine de Nicée d'aller porter ses encouragements à ce prêtre héroïque qu'il aime d'une amitié tendre, parce qu'il est son frère dans les épreuves de l'apostolat. Il l'exhorte à ne point se laisser

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abiitlre par les épreuves et les Ccihimilés présentes. Il conlle à sa sollicitude les Églises de Phénicie, d'Orient, de Chypre et d'Arabie. Il lui reconnmande de resserrer, par une correspondance active, les liens de sympathie et de solidarité qui les unissent à Jamais. Il l'excite à se faire le soutien et le consolateur de ses frères, à se constituer le boulevard inexpugnable de l'Église d'Asie contre les maux et les abus qui tendent à la faire pencher vers sa ruine, « Ne vous laissez « point effrayer, lui dit-il, parle bruit de la tempête, ni « par la grandeur de ses désastres. Poursuivez avec cou- « rage le cours de vos travaux, que vous avez inaugurés « avec un zèle digne de notre admiration. Vous avez at- V taqué les superstitions païennes ; vous avez élevé des « temples, édifie l'assemblée des chrétiens, et donné sans « relâche une impulsion victorieuse à l'œuvre de la con- « version des âmes. Que les malheurs des temps qui vien- « nent vous surprendre n'aient point la puissance de ter- « rasser votre cœur. Est-ee que le pilote est libre de « quitter le gouvernail, lorsque la mer en fureur soulève « ses vagues menaçantes ? Est-ce dans le feu de la ma- « ladie que le médecin doit mettre un terme h ses efforts « pour rappeler la santé perdue et procurer au malade le « bienfait de la guérison ? N'est-ce pas, au contraire, le « moment solennel où chacun d'eux doit faire appel à tous « les secrets de la science et mettre en œuvre toutes les « ressources de son talent?

« Et vous, très-pieux et très-vénérc frère, donnez à « votre cœur une énergie puissante, et que nos malheurs « ne soient point capables de porter atteinte à votre coûte rage ; car nous n'aurons point à subir le châtiment des « maux et des douleurs que l'on nous fait souffrir : nous (( n'en aurons à recueillir que la récompense et la cou- (( ronne. Animez-vous de ces pensées et de ces sentiments, (( bien-aimé frère, et livrez-vous tout entier à la plus \ixe 5 sollicitude pour les Églises infortunées de la Phénicie, « de l'Arabie et de l'Orient. »

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