CHAPITRE XVIII
Ainsi, saint Chi-ysostome abandonnait son coi-ps à la brutalité des soldats du prétoire , sans cesser un instant d'accomplir sa mission partout où pouvait se faire entendre sa voix. Mais ni les conjurés ni l'empereur ne pouvaient le laisser respirer plus longtemps dans un lieu si rapproché de la ville de Constantinople. Ils prirent la résolution de le transporter au loin, afin d'ôter aux catholiques toute 3spérance de l'entendre encore et de se réunir h lui. Leurs ^'ues se portèrent vers les plaines inexplorées de la Cappaioce. Ils s'imaginèrent rencontrer, près du versant orienal des monts Appiarius, un lieu propice pour la réalisaion de leurs desseins criminels. Annihiler son influence, 'touffer sa voix, le faire oublier, l'effacer, s'ils le pouvaient, du nombre des évêques; tel était le but secret de eur jalousie et de leur plan de vindication.
Sébaste sur l'Halys, dans la plaine qui s'étend du versant septentrional de l'Antitaurus jusqu'aux rives du Pont- Cuxin , fut choisi d'abord pour lieu de son exil. Mais (ientôt ils s'aperçurent que de ce point central son action 'étendrait en peu de temps, comme un rayon de lumière, ur le Pont, la Cappadoce et sur toutes les provinces de 'Asie Mineure. Ils craignirent que leur triomphe d'un jour le vint ainsi se heurter misérablement contre un échec. Islui cherchèrent donc un lieu plus reculé, plus solitaire, l leur fallait un réduit sauvage , où son existence fût en léril et son zèle frappé d'une complote stérilité. Gueuse, letite ville de la Cataonie, sur leTaurus, pi-ésentait toutes 3S conditions d'isolement et de danger propres à satisfaire îur désir. Placée non loin du Sarus, au nord de la Cilicie, Ile était entourée de précipices, au milieu des forêts qui ouvrent de leurs immenses tapis verts les gorges proondes et les flancs abruptes des montagnes. Ses habitants talent âpres et durs comme leurs rochers, mais simples t droits comme des chrétiens nouveau-nés , et tout épris le la beauté des vertus chrétiennes. Ils avaient sans cesse 'arme au poing; ils étaient continuellement tenus en
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alerte par les incursions et les ravages des Isaures, peuplade de brigands, dont l'immense repaire occupait, sur le rivage de la mer de Chypre, les cimes inaccessibles du mont Taurus. Ces hommes de pillage étaient trop faibles et trop peu nombreux pour attaquer à ciel ouvert les places fortes de Tempire , mais aussi trop intrépides et trop fortement constitués pour être anéantis par une simple défaite. Battus ou vainqueurs, ils étaient toujours debout; ils répandaient la terreur dans toutes les provinces de rOrient. Ils étaient sans cesse en guerre; tantôt sur leurs vaisseaux, et tantôt disséminés par bandes sur la terre ferme, ils attaquaient, pillaient, immolaient impitoyablement tout ce qui pouvait leur offrir quelque espérance de butin.
Gueuse avait énormément souffert de leurs attaques; elle avait fait souvent la malheureuse expérience de ce qu'elle avait à craindre de leur rapacité. Cette ville, favorisée d'ailleurs d'un site pittoresque, ne pouvait être pour saint Chrysostome qu'un champ ingrat, qu'un séjour de dangers et d'angoisses.
Le quatrième jour du mois de Panémus , de l'an 40i de l'ère chrétienne, un détachement de la garde prétorienne, sous les ordres du centurion Théodore, vint enlever le saint évêque de sa résidence provisoire de Nicée, pour l'emmener au lieu de sa destination. Les soldats, ces vrais hommes de guerre, accoutumés à l'héroïsme du dévouement et de l'abnégation, ne purent s'empêcher d'accorder à leur illustre captif le témoignage d'un respect filial et d'une vénération profonde. Ils ne perdaient aucune occasion de lui faire honneur, ne négligeaient aucun moyen de gagner son affection et son estime. Ils se faisaient même un vrai bonheur de le servir. Souvent on les voyait émus jusqu'aux larmes, lorsque sur leur passage, les peuples accouraient demander la bénédiction du saint évêque, se prosternaient en pleurant, et laissaient échapper leurs sanglots et leurs cris de douleur. Ces vrais