‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 46 sur 214 · CHAPITRE XVIII. 'M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. 'M

Sailli Chrysosluine acceptait ces consolations passagères comme un rafraîchissement de courte durée qui tempérait sa douleur ; mais son expérience des hommes ne lui per^ mettait point d'accorder une attention sérieuse à toutes ces paroles. Malgré tant de protestations, il ne pouvait s'empêcher de craindre une réception douloureuse, et, dans le silence de ses pressentiments, en prenant le contraire de ces manifestations empressées, il se croyait dans la vérité.

Mais toutes ces émotions diverses émoussaient fortement en lui les principes de la vie matérielle. Aussi quand, après de longues fatigues, on arrive, à la tombée du soir, à Ceesarée de Cappadoce, il est abattu, sans force, sans énergie, exténué.

Là, ses gardes s'arrêtent; ils lui permettent enfin de respirer et de prendre quelques instants de repos. On descend dans une hôtellerie, à l'extrémité du faubourg de la ville. Le saint y trouve de l'eau pure pour étancher sa soif. On ne lui donne plus de pain dur, nauséabond et fétide : on lui sert un bain passable, qu'il n'est plus obligé de prendre dans des fragments de tonneaux hors de service. Enlui, on lui laisse la liberté de prendre, pendant quelques Jours, le repos du ht, qu'on juge d'une absolue nécessité pour réparer ses forces perdues et le ramener à la santé. Dans une lettre à Théodora de Constantinople, à laquelle il raconte ces choses, il se plaint de ce que tant d'amis puissants l'abandonnent avec insouciance à la fureur de ses ennemis, et ne tentent pas même de lui procurer les soulagements les plus ordinaires que l'on ne saurait refuser même aux plus grands criminels. Il exprime son chagi'in de ce qu'on ne daigne pas lui donner pour lieu de déportation un climat moins dangereux, une contrée moins sauvage. Il semble, en effet, que l'on veuille accumuler sur sa tête toutes les rigueurs, pour qu'il puisse arriver plus promptement au terme de ses jours.

Le repos inespéré que saint Chrysostome venait de ren-

contrer en Cappadoce ne pouvait être de longue durée, car la conjuration de Sévérien avait un digne représentant dans ce pays lointain. D'ailleurs, ces consolations ne pouvaient plus être que de courts instants d'arrêt , que Dieu lui ménageait pour prendre haleine. Désormais ses jours étaient comptés : il montait son Calvaire; il n'attendait plus lui-même que l'heure de l'immolation. Cette pensée l'absorbait tout entier, lorsqu'il s'était engagé dans la longue carrière de souffrance à laquelle il ne voyait d'autre terme que l'autel du martyre.

Le siège de Csesarée était alors occupé par Pharétrius, l'ami de Théophile et de Sévérien de Gabales. Saint Chrysostome nïgnorait point qu'il entrait sur un territoire soumis àlajurisdiction spirituelle d'un ennemi personnel. Il savait que Pharétrius avait fait cause commune avec les promoteurs du prétendu concile de Constantinoplc; il savait que, sans connaître sa cause, cet homme passionné s'était empressé de souscrire par lettre à sa condanmation. Que lui fallait-il davantage? 11 était donc assuré qu'il ne pouvait attendre de lui qu'une constante opposition. Néanmoins, il se tint prudemment dans la réserve du silence.

J^'évêque de Cœsarée atîécla tout d'abord de vouloir épargner la victime, qui ne venait réclamer de lui que la faveur de souffrir en paix. Soit qu'il fût accessible au sentiment de respect et de commisération que le malheuiinspire, soit qu'il voulût donner à sa haine secrète et gratuite le voile séduisant de la charité chrétienne, il mit un empressement digne d'éloges à recevoir le saint évêque avec honneur.

Dès qu'il apprend son arrivée à Csesarée, il envoie au devant de lui ses amis et ses clercs pour le complimenter, Pœranius écrit au saint que d'autres, avec la même mission, sont arrivés à Constantinoplc. Pharétrius lui fait exprimer par leur bouche l'impatient désir qu'il éprouve de l'embrasser et de lui prodiguer ses témoignages sin-

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