‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 47 sur 214 · CHAPITRE XVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIL

cères d'affection cordiale et fraternelle. Les émissaires déclarent hautement au saint qu'ils s'honorent de demeurer en communion avec lui , qu'ils n'ont point donné la main aux machinations dont il est victime, et, qu'enfin, ils repoussent tout commerce de convenance ou d'amitié quelconque avec les auteurs de la persécution.

Ils parlaient avec l'assurance et l'accent de la sincérité la plus franche; mais saint Chrysostome n'était point dupe de ces démonstrations hypocrites. Il se réjouissait, en vue de Dieu, des malheurs qui menaçaient évidemment ses jours. Non-seulement il s'estimait heureux de la perspective que lui valaient ses souffrances, mais encore il voulait et demandait que l'on s'en réjouit avec lui.

Lorsqu'il atteignit Cœsarée, il était dans toute l'ardeur d'une fièvre brûlante. Il avait les membres brisés; on craignait même qu'il ne pût atteindre le terme du voyage. Il demande des médecins : bientôt ils arrivent, mais avec eux on voit accourir les prêtres, les moines, les religieuses et toute la population de Cspsarée, qui se pressent et s'agglomèrent dans la maison du saint évêque. Tous se font un bonheur de le soulager ; chacun s'empresse de s'attacher, d'une manière quelconque, à sa personne ; de tous côtés on aspire à l'honneur de le servir.

La sainteté, même au milieu des mépris et des souf- JVances, ne saurait se dépouiller d'un attrait secret et divin qui fascine et captive les cœurs. A peine entré dans la ville de Csesarée, saint Chrysostome se voit entouré, \ isité, chéri de toute cette population vraiment chrétienne. Les sophistes, les magistrats, les médecins les plus célèbres, dont l'un même veut l'accompagnera Gueuse et partager son exil, enfin, les plus hauts fonctionnaires de la cité ne cessent de venir chaque jour auprès de son lit de douleur, déposer le témoignage de leur attachement et de leur respect : le saint était devenu l'objet de la vénéralion universelle.

Tant de consolations et tant d'honneurs ne purent que

blesser prorondément Tàme Jalouse de Pharélrius. 11 vil, dans ces hommages spontanés, une protestation éclatante contre le conciliabule de Constantinople; c'était à ses yeux une réhabilitation publique de la sentence de déposition dont saint Chrysostome avait été frappé. C'était donc une sorte de révolte contre son opposition haineuse. Il en conçut d'abord un secret dépit; puis, il résolut d'en tirer vengeance. Lorsque toute la population se portait à In maison du saint, il s'obstina seul à ne point se présenter. Il attendit , dans sa maison, que saint Chrysostome, rétabli de ses fatigues, vînt le premier chez lui , réclamer sa bienveillance et lui rendre ses hommages.

Mais, pendant que le saint voyait la fièvre disparaître , sous l'influence des soins et du repos, et les forces lui revenir; pendant qu'il songeait à continuer son laborieux voyage vers les montagnes de la Cilicie , Pharétrius lui préparait dans i 'ombre une nouvelle série de tribulations.

Tout à coup , une nouvelle effrayante vient mettre en émoi toute la population de Caesarée. Le nom d'Isaures fait passer un frisson dans tous les cœurs. On annonce qu'une multitude innombrable de ces barbares, après avoir brûlé les villages de la plaine et dévasté les campagnes, arrive sur les murs de la ville, qu'elle menace du pillage et de l'incendie. Le tribun qui commande la place, réunit ses forces et quitte l'enceinte de la ville, pour se fortifier, dans la prévision et la crainte d'un assaut. Tout le peuple est dans l'épouvante ; de toutes parts on court aux armes; tous, jusqu'aux vieillards, cherchent h défendre leurs (oyers, et font la garde, Jour et nuit, sur les murailles.

A la faveur de cette alarme universelle , une troupe de moines, excitée par Pharétrius, arrive, au point du jour, à la maison de saint Chrysostome, l'entoure , et menace de la livrer aux flammes, si le saint évêque ne s'empresse de la quitter au plus tôt. On cherche à calmer ces moines; on les croit sincèrement sous l'empire de la terreur. Mais

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