CHAPITRE XVIII
on ignorait leurs véritables senlimenls. Ils ne veulent rien entendre ; ni la crainte des Isaures, ni les douleurs et la faiblesse du saint, ni les supplications les plus pressantes , ne peuvent sensibiliseï- ni fléchir ces cœurs féroces. Ils s'agitent, ils crient, ils paraissent transportés de rage.
A la vue de leur colère et de leurs vociférations , les gardes, effrayés, se retirent. Les moines les poursuivent de leurs malédictions. Ces hommes de paix ne rougissent pas de se glorifier publiquement d'avoir terrassé plusieurs soldats de la cohorte prétorienne. Et les soldats, ces nobles représentants des gardes du prétoire, se voient réduits, par des moines ameutés, à venir supplier saint Chrysostome de partir, et de les déUvrer des innocentes menaces d'un ennemi qu'ils n'avaient encore jamais rencontré sur les champs de bataille. « Dussions-nous être « exposés h tomber entre les mains des Isaures , s'é- « crient-ils, nous vous en conjurons, sauvez-nous de la « fureur de ces bêtes féroces.
Le gouverneur de la province est immédiatement informé de la situation. Il veut aller au secours de la maison assiégée. Il n'hésite pas à se transporter lui-même sur le théâtre du mouvement. Il entre dans la mêlée ; il s'efforce de haranguer les moines, de faire appel à leur conscience et de les ramener à la paix. Mais les moines se rient de ses remontrances ; ils couvrent sa voix de leurs clameurs, et le forcent honteusement à la retraite.
«Le gouverneur, vaincu, se trouve alors dans une « cruelle perplexité, dit saint Chrysostome. Nous faire « sortir, c'était, à ses yeux, nous livrer à la mort; nous « laisser dans la ville, c'était nous abandonner à la fureur « aveugle de l'émeute. » Dans cette alternative, il s'adresse à l'auteur même de tout le mal, à Pharétrius. Mais c'est pour voir encore son autorité dédaignée ; c'est pour reculer devant un nouvel échec. Il se rend, en effet, auprès de cet homme implacable ; il le supplie d'accorder à
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rillustre captif encore quelques Jours de repos. Ce repos est d'une nécessité pressante , et, pour préserver sa santé d'une rechute, et pour ne point exposer sa vie aux dangers qu'elle doit encourir , en tombant à la merci des Isaures. Effort impuissant! tentative stérile, qui n'eut pour résultat que de démontrer aux peuples l'impuissance et l'inutilité de l'intervention du gouverneur.
Dès le lendemain , le tumulte recommence ; les moines reviennent et plus animés et plus nombreux. Les prêtres de Cœsarée n'osaient plus se montrer au milieu de ce désordre; ils se tenaient cachés. A la vue de tant de scandale , ils se couvraient le visage de honte. Ils eussent pu sans doute élever la voix , et peut-être l'ascendant de leur caractère eût-il arrêté l'émeute et dissipé cette horde sauvage. Mais aucun d'eux n'osait parler. La crainte étreignait presque toutes les consciences : tous redoutaient Phare trius, qu'ils savaient être l'auteur et l'âme de ce complot. Personne même n'osa plus affronter le péril pour se rendre à l'invitation de saint Chrysostome. Enfin , le saint comprit qu'il fallait partir ; il ne pouvait tolérer plus longtemps, qu'à cause de lui, toute une ville fut livrée à la perturbation d'une émeute. La fièvre l'avait repris; tant d'émotions en sens divers avaient rouvert en lui bien des plaies : le repos était encore d'une absolue nécessité ; mais il ne pouvait plus attendre.
En plein midi , sous le feu d'un soleil brûlant, au milieu d'une atmosphère enflammée, il monte en litière, pour prendre la direction de son lieu d'exil. Ce fut un .jour de deuil pour Cœsarée; tout le peuple était debout. La foule l'entourait pour l'entendre et le contempler encore ; mais elle ne put recevoir que son dernier adieu. De toutes parts , alors , on entendit des gémissements et des murmures : la population entière fît éclater son indignation. Ce peuple, pieux et bon, accompagnait saint Chrysostome de ses regrets et de ses larmes ; mais, malgré son profond respect pour l'autorité qui gouverne, il ne