‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 6 sur 214 · CHAPITRE XVI, il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI, il

saint patriarche et de communiquer avec lui. C'était prouver d'une manière habile qu'ils n'étaient animés d'aucune pensée hostile, qu'ils n'obéissaient h l'inspiration d'aucun parti, qu'ils ne cédaient à l'influence d'aucune prévention, et que leur but unique était de rechercher, de mettre en lumière et de faire triompher la vérité. Telle fut en effet, au début, la pensée du plus grand nombre des Pères,

Mais la cour ne crut pas qu'il fût de sa dignité d'admettre ces scrupules de conscience, et d'approuver de tels ménagements. Elle ne tint même pas compte aux évêques de l'incontestable habileté de leur démarche. Elle ne voulut prendre conseil que de la passion ; et la passion est l'irréconciliable ennemie de toute prudence : elle ne demande qu'à frapper. L'empereur ne laissa donc point ignorer aux Pères qu'il désapprouvait leur faiblesse. Il voulut même donner le plus grand éclat à son improbation , en se montrant plus susceptible que les évêques à l'endroit de l'observance des règles canoniques. Singulière et ridicule initiative du chef temporel de l'État. Il provoque le jugement de l'Église, et, même avant qu'elle soit en mesure de connaître la cause en litige , il se pose en exécuteur des décrets qu'il s'arroge le droit d'imposer. C'est de l'esclavage pour l'Église ; mais pour l'empire, c'est de la décadence.

On était à la veille de célébrer la fête de la nativité du Sauveur. Le peuple s'attendait à voir l'empereur à sa tête dans la basilique de Sainte-Sophie , où la cour devait au monde l'exemple de la piété par sa participation aux saints mystères. Mais Arcadius affecte de ne point s'y présenter. Il fait déclarer à saint Chrysostome que sa conscience ne lui permet aucune communication avec lui, tant qu'il ne se sera pas justifié devant un concile. Le saint lui fait répondre qu'il est prêt à présenter sa justification devant l'univers entier. Mais ce n'était point de justification qu'il s'agissait dans cette circonstance ; ses accusateurs ne doutaient nullement de son innocence et de sa sainteté. Ce

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qu'il leur fallait, ce qu'il fallait à l'impératrice, c'était non point un jugement contradictoire, mais une sentence de déposition. Aussi, ces hommes indignes ne voulurent -ils point qu'il fût admis à présenter ses moyens de défense ; car c'était s'exposer à le voir sortir victorieux de l'épreuve; c'était assumer pour eux-mêmes la responsabilité d'une défaite et la ruine complète de la conjuration.

Tous ces complots formés contre le saint évêque avaient jeté dans les esprits an ferment de discorde et de perturiDation. La conscience incertaine flottait souvent, dans ses adhésions, entre la sainteté du pasteur légitime de Constantinople et l'imposante autorité de ses persécuteurs. Cette perturbation enlevait presque partout à saint Chrysostome l'appui des âmes les plus sincères et de ses amis les plus fidèles. Ainsi, Théodore de Thyanes, l'un d'entre eux, vient lui prêter le concours de son influence et de son autorité ; dans la droiture de ses intentions , il se rend h l'appel des conjurés. Il arrive dans la capitale avec les autres évêques. C'est un homme d'une vertu notoire et d'une grande considération. Il vient sans arrière pensée s'unir à ses frères, prendre part à leurs travaux et se consacrer avec eux au triomphe de l'Eglise. IMais dès qu'il s'aperçoit des trames ténébreuses ourdies contre la vie du saint, son frère et son ami, la douleur s'empare de son âme. Il ne peut se résoudre à prêter une main complaisante aux manœuvres des conspirateurs ; il fuit immédiatement ce théâtre d'intrigues. Il quitte Constantinople et retourne dans son Eglise, sans chercher à voir les évêques ses frères et même sans leur dire adieu.

Ce saint évêque avait compris ti^ut le danger dont l'Église était menacée par ce déchaînement des passions. Il s'attacha de tout son pouvoir à protéger sa province, et parvint à la garantir contre les tentatives des schismatique'S. Il demeura jusqu'à la fin dans la communion de saint Chrysostome et do l'Église romaine.

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