‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 51 sur 214 · CHAPITRE XVITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVITI

animée des traditions primitives de la foi. Son âme se dilatait à la vue du zèle apostolique des pasteurs; elle s'épanchait avec délice en présence de la douceur pieuse et naïve des habitants.

Gueuse possédait un évêque : c'était Adelphius, homme doué d'une énergie d'apôtre et d'un cœur de martyr. Elle comptait parmi ses habitants de puissants personnages, plus élevés aux yeux de Dieu par leurs vertus, qu'ils ne l'étaient aux yeux des hommes par leurs dignités et par leur influence. Tous attendaient depuis longtemps, avec impatience, l'arrivée du saint. Quelques-uns avaient envoyé jusqu'à Ceesarée des hommes de leur confiance, pour offrir à l'exilé l'hommage de leur cœur et l'hospitalité de leur maison. Ils portaient le désir de le posséder jusqu'à se livrer à la cabale , pour se procurer l'honneur de lui faire partager leur demeure, et de le faire asseoir à leur foyer.

Le saint ne pouvait donc voir, pour lui , dans le lieu de son exil , qu'un dédommagement à ses longues souffrances. Ses ennemis étaient loin de s'attendre à cet échec. Gueuse ne leur présentait ni la réalisation de leurs criminelles et secrètes espérances, ni même la faculté d'accomplir leurs désirs et leurs desseins manifestes de vindication.

Parmi les personnages qui s'étaient fait un bonheur d'offi'ir au saint leur maison, saint Chrysostome distingua tout d'abord un homme de foi , puissant en œuvres, vers lequel il se sentait porté par une affection instinctive. G'était Dioscore dont la charité faisait à Gueuse le modèle des chrétiens. Il avait envoyé jusqu'à Caesarée un serviteur fidèle, avec mission de faire accepter au saint sa maison pour asile. Il le faisait supplier de lui donner la préférence sur tous ceux qui recherchaient comme lui le bonheur de lui donner l'hospitaUlé. Saint Chrysostome crut devoir honorer cet élan généreux par une correspondance sans réserve. On lui tendait les bras; il accepte les bras et la

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maison d'un ami , qui les ouvre à l'infortune; car ce sont là choses qui doivent toujours être honorées et distinguées par un saint.

Quant saint Chrysostome eut accepté sa demeure, Dioscore mit tous ses soins à la préparer d'une manière digne de la vertu de son nouvel ami. Ce fut un grand, un beau jour pour cette maison vraiment chrétienne. Dioscore se multiplie; il pourvoit atout; il semble vouloir se mettre lui-même tout entier au service du saint évêque. Il sait qu'accoutumé dès son enfance à la chaude tempéi-ature des plaines de l'Oronte, il aura bientôt à redouter les rigueurs de l'hiver sur les plateaux glacés du Taurus. Il dispose sa maison de manière à lui conserver toujours une atmosphère tiède et tempérée. Il l'entoure d'instruments et de servitudes , afin que les esclaves affectés à son service n'aient à le laisser souffrir d'aucun besoin. Et lui, cet homme admirable, heureux et fier de la faveur inespérée qu'il doit au ciel , il se retire à la campagne pour laisseï- à saint Chrysostome une plus entière liberté.

Les autres puissants personnages de Cucuse enviaient à Dioscore un bonheur qu'ils avaient convoité pour euxmêmes. Ils ne pouvaient pas consentir à se voir entièrement privés de la consolation d'adoucir, selon leur pouvoir, au moins en quelque chose , l'exil de l'homme de Dieu. Chaque jour, leurs agents et leurs économes venaient de leur part à la maiscn de Dioscore. Ils apportaient au saint toutes les consolations et tous les soulagements que réclamaient et son état maladif et son dénûraent complet de toutes les ressources les plus nécessaires à la vie.

Mais des consolations plus douces encore attendaient saint Chrysostome dans ce lieu désert, que ses ennemis avaient choisi pour lui comme un séjour d'angoisses, et dans lequel ils comptaient bien lui faire creuser son tombeau. Dès le jour même de son arrivée, il rencontre le prêtre Constantius, d'Antioche, iiersécuté pour son attachement à sa cause. Constantius l'attendait depuis long-

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