‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 52 sur 214 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

temps à Cucuse. Le saint l'avait engagé dans ses lettres à le précéder dans le lieu de son exil. Ce bon prêtre, malgré le plus ardent désir de voir dans son malheur son protecteur et son père, n'eût point osé, sans son autorisation, aller ainsi s'exposer aux dangers des mers et chercher la persécution dans ces contrées lointaines.

Il vivait secrètement a Cucuse, et n'osait point paraître en publiC; tant il avait à redouter les recherches et la violence des persécuteurs. C'était un homme d'une vertu sans tache et d'une austérité monacale. Il était attaché, depuis sa plus tendre enfance, au service des autels. Saint Chrysostome et Flavien l'avaient honoré dès lors d'une vive affection et d'une intimité toute paternelle. Flavien s'en était fait un coadjuteur, un intime ami. Dans ses dernières années surtout, il l'avait admis dans tous ses secrets ; il l'avait chargé de l'expédition de sa correspondance. Il l'avait élevé successivement à l'ordre de lecteur, puis à celui du diaconat; puis enfin il l'avait honoré de la dignité du sacerdoce.

Constant ius, vierge comme le sacerdoce lui-même dans les rangs duquel il était entré, ne cessa jamais de se tenir ù la hauteur de ses plus sublimes obligations. Il unissait h la pureté sans tache de ses mœurs les rigueurs de la plus sévère pénitence. Il menait la vie ascétique. Une constitution robuste lui permettait de ne mettre aucune réserve dans ses austérités. 11 jeiinait jusqu'au coucher du soleil, et pouvait prendre ainsi sur l'épargne de ses aliments pour soulager la misère des pauvres.

« Il connaissait promptement, dit un historien moderne. a II punissait lentement, était méditatif, recueilli, chari- « table , juste dans ses jugements , patient pour les in- « jures, persuasif, d'une physionomie grave, d'un regard « sévère, d'une marche prompte; son visage était soute riant jusque dans ses maladies. »

Tel était l'homme extraordinaire dont saint Chrysostome avait réclamé la présence pour lui prêter force et

iO% SAINT CHRYSOSTOME.

courage et pour l'aider à porter le poids énorme de sa croix.

La rencontre de ces deux âmes , également victorieuses de la nature, objet de la môme haine, et confondues dans le même malheur, fut pour Tune et l'autre une source de joie pure et d'ineffable consolation. Elle leur rappelait leurs travaux d'autrefois, leur ancienne affection réciproque et l'Église d'AntiochC;, leur mère. Elle leur rappelait aussi les vertus de l'ange de cette Église, du vénérable Flavien, leur protecteur et leur père ; mais, hélas ! il n'était plus. Ce fut une vive jouissance pour le saint exilé que la vue d'un frère qui lui faisait entendre une voix de sa patrie. Dans leurs entretiens, ils se croyaient encore sur les rives de l'Oronte ; ils s'imaginaient vivre de leur vie d'autrefois.

Mais Dieu dans sa miséricorde ménageait encore pour son ami d'au 1res compensations à ses peines. Le jour même de son arrivée à Cucuse arrivait aussi, malgré sa vieillesse et les fatigues intolérables d'un si long voyage, un ange de dévouement et de vertu : c'était la diaconesse Sabinienne. Elle avait dit adieu pour toujours à sa famille, à sa patrie. Depuis le départ du saint, Constantinople était devenu pour elle vm séjour odieux. Elle n'avait pu supporter ni l'insolence des conjurés dans leur triomphe , ni la douleur d'une si cruelle séparation. Elle avait résolu de suivre son pasteur et son père dans tous les lieux où pourrait le faire transporter la haine des schismatiqucs. Elle voulait que la même terre reçût leur dépouille mortelle; elle aspirait à la faveur de vivre et de mourir à l'ombre de sa houlette, et de prendre le sommeil temporaire de la mort auprès de son tombeau.

Lorsqu'elle apprit la direction imposée à saint Chrysostome, elle faisait ses préparatifs de départ pour les plages désolées de la Scythie; car on avait annoncé partout h Constantinople qu'il était transporté dans les marais insalubres et glacés du Tanaïs, au delà des Palus méoiides.

Son arrivée à Cucuse fit éclater parmi les clercs et les

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