‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 53 sur 214 · CHAPITRE XYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII

prêtres une grande manifestation d'admiration et de respect. Son dévouement héroïque leur parut être une légitime protestation contre l'injustice et la haine qui poursuivaient jusqu'aux extrémités de l'Orient le saint patriarche de Constantinople. Elle apportait aux habitants de ces déserts l'exemple d'une fidélité sans faiblesse et d'un courage persévérant. Elle devint en peu de temps l'objet d'une affection universelle.

Admirables desseins de la bonté divine î Au moment même où s'agite en sens divers la perversité des hommes, Dieu s'empare de toutes ces passions en délire. Il met un frein à toutes ces fureurs, et les dirige, à leur insu , vers l'accomplissement de ses vues paternelles de miséricorde. L'humanité se tourmente dans l'insatiabilité de ses désirs, dans sa soif de jouissance, et Dieu la conduit doucement à l'exécution souvent aveugle de ses volontés.

Saint Chrysostome était envoyé dans des contrées inhabitables, comme le lépreux que l'on sépare de la société des hommes, comme le bouc émissaire chargé de malédictions pour les iniquités du peuple, et condamné tôt ou lard à périr. Et Dieu l'avait conduit par la main au miUeu des plaines inexplorées de la Phrygie, de la Galatie et de la Cappadoce. Il l'avait arraché plusieurs fois miraculeusement à des douleurs surhumaines, pour faire de lui le consolateur d'une autre Église, et pour le planter comme un nouveau flambeau sur les montagnes de l'Orient.

Cucuse avait alors pour pasteur , dans la personne d'Adelphius, un homme selon le cœur de Dieu. C'était un digne successeur des apôtres ; mais trop isolé sur sa montagne inaccessible , il voyait souvent son zèle , forcément stérile, se heurter contre des impossibilités. Cependanl, homme énergique et saint, il présentait à la grâce un cœur pur, une terre féconde. Il semblait n'attendre qu'un rayon de soleil pour l'embraser d'ardeur, qu'une impulsion puissante pour lui donner un nouvel élan dans les œuvres de la foi.

ilO SAINT CHRYSOSTOME.

- Dans une telle situation, Dieu, qui ne voulait pas Vabandonner à lui-même, profita du crime des perséeuleurs qui bannirent saint Chrysostome de Conslantinople, pour lui porter, par son ami persécuté , l'expérience , les idées, le feu, qui donnèrent à son ministère une fécondité nouvelle.

Ce fut, en effet, quelque chose de merveilleux que la rencontre de ces deux saints. Dès qu'ils se voient , ils se comprennent, et, dès qu'ils se comprennent, ils commencent à s'aimer. L'âme de feu de l'évêque de Constantinople trouve immédiatement à se reposer, à se rafraîctiir dans l'âme aimante et douce de l'évêque de Cucuse. Adelphius reçoit son nouvel ami comme l'ange du Seigneur. 11 l'aime comme on aime le complément de soi-même. Il l'écoute comme on écoute un père. Rien ne paraît égaler l'effusion de respect, de vénération et de charité de ce mutuel accueil.

Dans un mouvement de généreuse humilité, l'évêque de Cucuse veut abandonner à son hôte son église et sa chaire. Mais saint Chrysostome ne saurait accepter. Il ne peut s'exposer à violer les lois de l'Église, pour accueillir un honneur incompatiljle avec sa situation présente. Mais il accepte la consolation de recevoir souvent Adelphius. Il se délecte dans sa conversation simple et naïve ; il aime la douceur et la piété de ses paroles ; il admire la droiture de son cœur. Il cultive son amitié, dont il se promet de retirer pour lui-même un grand avantage.

Le saint exilé se prit donc à chérir le séjour et la ville de Cucuse, qu'il regardait comme un oasis de vertus chrétiennes au milieu d'un pays qui semblait maudit de Dieu. Cette affection pour le lieu de sa détention, ou plutôt cette résignation à la volonté divine, il ne cesse de l'exprimer à tous ses amis. Il fallait assurément une sainteté miraculeuse pour aimer un lieu qui n'était pour lui qu'un séjour de privations et de tortures.

« Réjouissez=vous, érrit-il h quelques prêtres, pI sachfz

Page 1