CHAPITRE XVIII
« qu'il nous esl permis de jouir ici d'une solitude et d'un « repos qui répand un charme inexprimable sur tous les (( jours de notre exil. Notre santé se raffermit et se for- « tific ; et cela même au milieu des éléments les plus ca- « pables de l'altérer et de l'anéantir. Quant aux ressources « médicales, nous sommes dans une pénurie complète. Le « nécessaire nous fait défaut, même pour les besoins les « plus impérieux. Car il n'existe point ici de lieu public « affecté spécialement à la vente des médicaments et des « denrées. Axcc ces privations , nous sommes constam- « ment exposés à l'insalubrité d'un climat intolérable. t< L'atmosphère où nous vivons n'est pas moins dangereu- « sèment aliénée par les ardeurs accablantes de l'été que « par les frimats et les glaces de l'hiver. A cela viennent « s'ajouter encore les travaux d'un état de siège rigoureux « et perpétuel et les déprédations incessantes des barbares. « Toutes ces calamités, et des milliers d'autres, étaient « bien de nature à briser en nous les forces de la vie. Mais « aujourd'hui nous conmiençons à sortir de ce chaos d'in- « fortunes et de perplexités. Délivrés désormais, pour un « temps du moins, de toutes nos terreurs, nous voyons lu « santé, les forces, la vie, nous revenir, et notre horizon « se découvrir de ses nuages. »
Le saint met une complaisance marquée à développer ainsi tous ses motifs d'abandon à la volonté divine, dans cette prison qui ne lui fut donnée que comme un séjour d'angoisse et de mort. Il ne forme plus qu'un seul désir, celui d'y fixer sa demeure et d'y consacrer à Dieu, dans la douleur, et la dernière ardeur d'un zèle qui succombe et la dernière étincelle de son existence qui s'éteint.
Il apprend avec peine que sainte Olympiade met en œuvre toute son influence et celle de ses amis pour obtenir de l'empereur le changement du lieu de son exil , et procurer ainsi quelque soulagement à ses longues souffrances. Il s'empresse de l'engager à mettre un terme à ses sollicitations. Il lui di'clare qup le\'oyage nécessité par
ce changement de résidence lui serait plus dangereux que Texil lui-même. Il proteste qu'il ne saurait consentir à s'exposer spontanément à ce nouveau danger.
« Si nos amis, observe-t-il, n'ont pour but, dans leurs « démarches, que notre soulagement ou notre consolation « particulière, qu'ils nous laissent le libre choix de notre « lieu de détention, et qu'ils ne cherchent point h nous (( imposer à cet égard leurs volontés et leurs vues perte sonnelles. S'il nous faut aujourd'hui quitter ce lieu de « souffrances, pour aller à l'aventure chercher un autre (( réduit; s'il nous faut entreprendre une autre pérégrina- « tion, nous lancer dans un autre voyage, les privations « seront plus dures que la première fois et les douleurs « plus cruelles. Car sachez que mes ennemis me choisi- (( ront pour demeure une contrée plus lointaine, un pays (( plus sauvage et d'un plus difficile accès. .Je me suis déjà (( vu près de descendre dans la tombe ; mes premières « épreuves m'ont conduit aux portes de la mort. Depuis « qu'il nous est permis de jouir de la paix et du repos, « dans la ville de Cucuse, je me suis relevé de mes lon- « gués fatigues. .J'ai pu donner une vie nouvelle à mes « membres meurtris et brisés. Mon corps desséché, brûlé u par la douleur, a pu, dans le calme de la solitude et de « la paix, recouvrer sa force et son énergie. »
Il tient le même langage à Pœanius , l'un de ses plus puissants amis de Constantinople, auquel il crut devoir aussi manifester ses dispositions présentes.
« Je vous conjure, lui dit-il, de vous abstenir de toutes « sollicitations, de toutes démarches qui soient de nature « à provoquer en ma faveur un changement de lieu « d'exil. Car jîien que Cucuse ne soit qu'un désert so- « litaire, elle me présente néanmoins un charme inexpri- « niable, celui de la solitude et de la paix. Ce charme « exerce sur moi la plus merveilleuse influence pour la « restauration de mes forces, si délabrées par les fatigues « et les pi-ivations du vovage. Mais si vous venez, encore,