‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 55 sur 214 · CHAPITRE XVIII. i IM · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. i IM

« aux premières approches de l'hiver, me faire errer de K ville en ville et de désert en désert, ce sera pour moi la « dernière épreuve de ma vie mortelle et le terme forcé « de mon existence. Gardez- vous donc de toute demande « intempestive, dans le dessein de m'imposer encore de « nouvelles tribulations. »

Il ne veut donc point, de lui -même, exposer encore une fois sa vie, à moins pourtant, s'empresse-t-il d'ajouter, que l'objet spécial de ces mesures ne soit de le rapprocher de son cher troupeau. Pour son troupeau, rien ne Tempêchei-ait de faire mille fois le sacrifice de sa vie. Dans cette pensée, il accepterait avec bonheur pour prison la ville de Cyzique, ou toute autre ville ou hameau sur le rivage de la l'ropontide non loin de Nicomédie.

« Si vous avez lieu de penser, écrit-il à sainte Olym- « piade, que nos protecteurs veuillent persévérer dans « leur dessein de nous faire changer de demeure, observez, « dans la réserve du silence, vers quel heu paraît incliner « leur résolution. Il vous est facile de pénétrer même à « leur insu jusqu'au fond de leur pensée. Si vous vous « apercevez que leur intention soit de choisir un lieu non M loin de Constantinople, sur les rives de la Propontide ou « du Bosphore, soit la ville de Cyzique, soit quelque autre « ville, voisine de Nicomédie, acceptez en mon nom; mais « si l'on s'arrête à la pensée d'un séjour éloigné de la <( ville impériale, n'accueillez une résolution de ce genre « que par un refus formel; car une telle pérégrination se- « rait pour moi dans mes infirmités une mesure acca- M blante. »

Le saint semblait ilonc caresser avec bonheur la pensée d'un succès possible dans les démarches de ses amis. Hélas! il était bien loin d'avoir à compter sur de telles espérances ! Mais de quelle illusion n'est point capable une âme dans le malheur ! Que saint Chrysostome semble peu soupçonner l'inflexible opiniâtreté d'enn.emis qui connaissent leur crime et que le feu de la haine dévore ! Les ins-

tances i-éilérées d'Olympiade et de Pœanius, au lieu de faire adoucir les rigueurs de son exil, ne servirent qu'à faire comprendre à ses bourreaux qu'il tardait trop d'en finir avec la vie; elles éveillèrent de nouveaux soupçons, dont les conséquence furent d'enflammer ces cœurs impitoyables, et de provoquer de nouvelles tortures qui devaient conduire le malheureux proscrit, plus promptement et plus sûrement à la mort.

Il attendit pendant une année entière à Cucusc le résul'at de cette requête qui devait si cruellement tromper toutes ses espérances. Ce temps de repos, ce court espace d'une année fut absorbé, rempli par des travaux, des lettres, des traités, des œuvres de zèle qui pourraient suffire à remplir la durée ordinaire de la vie d'un apôtre. Mais pour lui cette sollicitude et cette action ne furent qu'un nouveau fleuron ajouté pendant son exil à sa couronne de pasteur. Il y trouvait aussi la consolation la plus douce dans ses souffrances. Mais pendant qu'il était occupé tout entier du salut des âmes, le ciel même à Constantinople se chargeait de sa vengeance ; il étonnait et frappait ses ennemis par d'incessantes et terribles leçons.

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