‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 56 sur 214 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Châtiment des persécuteurs. — Mort de l'impératrice.

Recours k Rome.

Lettres d'Honorius et d"I-nnocent l".

Bien que la justice di\'ine ait réservé pour l'éternité le juste châtiment du crime , aussi bien que la récompense éclatante promise à la vertu, nous pouvons néanmoins signaler des circonstances, dans lesquelles Dieu paraît tenir à s'honorer aux yeux des hommes , par la prompte et complète rétribution due à leurs injustices. Dans ces cas exceptionnels, il ne laisse jamais longtemps attendre la manifestation de sa colère , lorsqu'il s'agit de venger l'honneur d'un père ou la mémoire de ses saints.

A la pensée de cette intervention céleste, est-il possible de contempler la persévérante et brutale cruauté des persécuteurs de saint Chrysostome, sans se sentir agité d'un tressaillement involontaire d'indignation, qui n'est que l'appel énergique de la nature à l'impartialité divine en laveur de l'innocence et de la sainteté qui succombent?

Saint Chrysostome avait dévoué sa vie à ses devoirs sublimes de pasteur. Il s'était donné tout entier pour le bonheur de son peuple ; il avait consacré ses travaux, ses veilles, ses sueurs, h la propagation de l'Évangile, au salut des âmes, à la cause de l'Église et de Dieu. Pendant tout le cours de son existence il n'a jamais cessé de donner ^u monde le spectacle d'une pureté de vie sans tache.

Et voilà que la persécution le dégrade au nom du ciel, et le travestit en bête féroce qui dissipe et dévore le troupeau. Le saint est honni, traqué, traîné de ville en ville, et poursuivi sans relâche, avec un acharnement furieux, même à travers des contrées inhabitables. Il faut qu'il succombe et qu'il s'éteigne; mais qu'il s'éteigne après avoir subi la longue agonie d'une mort de fatigues et d'épuisement. Et cependant le crime triomphe en paix dans son Eglise de Constantinople! Dieu, juste et patient dans sa réserve éternelle, ne semblait-il pas être en demeure d'anticiper, en faveur de l'innocence muette et soumise, la manifestation de ses jugements? IN'e semblait-il pas en quelque sorte tenu de révéler aux hommes , par une intervention éclatante, de quel côté devait pencher à leurs yeux la balance de la justice?

Aussi ne tarda-t-il point à se faire entendre. Toutes ces populations consternées furent bientôt réveillées de leur stupeur; le ciel en courroux fit appel à la grande voix de la nature. Il s'empressa de faire parler au cœur du peuple, par les fléaux, qu'il envoie de temps en temps accomplir ses desseins comme de fidèles serviteurs.

Le dernier jour du mois de Garpeius ou de septembre, de l'année même où s'était consommé le grand crime, sous le consulat d'Honorius et d'Aristénète, après la sixième heure du jour, un affreux orage vint fondre sur les campagnes, les faubourgs et la ville de Constantinople. D'énormes grêlons, tels qu'on n'en avait jamais vu de mémoire d'homme, anéantirent en quelques heures tous les fruits de la province, et réduisirent à la détresse le gouvernement et les populations. Mais ce ne fut encore là que le fléau précurseur de la juste rétribution due à l'endurcissement des coupables.

Dieu ne se contenta point, en eflet, de parler par la voix de la grêle et des vents ; il ne se borna point à déchaîner les éléments du ciel pour accomplir ses menaces ; l'innocence sacrifiée, le sang d'Eutrope et des martyrs lui de-

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