‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 57 sur 214 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

mandaient ausyi des vengeances. Il appelle les barbares, les exécuteurs-nés de sa justice. Les Huns, les Goths arrivent à sa voix. Ils peuvent se dire ainsi les fléaux de Dieu, les ministres des vengeances divines.

Des hauts sommets des Carpathes et du mont Hémus, leurs regards plongent avec convoitise dans les vastes et magnifiques plaines de la Thrace et de l'IUyrie ; ils s'y précipitent en hordes altérées de carnage, en colonnes serrées, avec la soif de la domination et l'avidité de la misère et de la fureur. En peu de jours ils remplissent toutes les provinces les plus fertiles de l'empire, et les couvrent de sang, de pillage, de ruines et de dévastation. Le sceptre était donc désormais à la justice.

Pendant qu'au signal de Dieu, cette justice s'exerçait dans les régions du nord par la main des barbares de la Sarmatie, le vent de la révolte soulevait en Orient d'autres peuples indomptés. Une commotion mystérieuse, instantanée comme la brise de la contagion, avait parcouru d'autres contrées. Les Isaures se lèvent aussi, poussés, agités comme sous l'empire d'un insensible mais tout puissant appel.

Saint Chrysostome alors venait de quitter Nicée et le territoire de Constantinoplc. Toute l'Isaurie se remue ; l'incendie, le pillage et toutes les déprédations les plus sanglantes sont à l'ordre du jour. Ce peuple sans pareil, indompté, pillard, toujours l'arme au poing, s'élance comme un torrent dans l'Asie Mineure. Il dévaste la Carie, la Syrie, une partie de la Cappadoce, et laisse partout sur son passage du sang, des débris, l'incendie et la mort. Ainsi payait sa dette ce sceptre impérial qui s'était honteusement incliné sous le joug de la passion d'une femme.

Mais ce n'était encore là que le commencement de la réparation et des douleurs. Cette femme elle-même allait bientôt avoir son toui', et répondre à la voix du sang du martyr qui montait jusqu'au ciel et qui criait vengeance. Le sang d'Eutrope, de cet enfant si pur et si beau, n'é-

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lail-il pas digne, en efï'et, démêler sa voix à celle du sang d'Abel ? Et Caïn avait-il à rendre un compte plus rigoureux que cette âme sans cœur et sans foi, qui malgré le cri de sa conscience et les larmes du Sauveur, ne pouvait assouvir sa haine que par les déchirements des entrailles de ses frères?

Pendant que le peuple gémissait et mourait sous le poids des calamités publiques, l'impératrice Eudoxic, l'âme de la persécution et l'auteur de toutes ces larmes, reposait en paix dans sa mollesse, malgré la consternation et les gémissements du peuple, dont les sanglots ne pouvaient se faire entendre jusqu'au milieu du faste somptueux de ses palais. C'était par elle cependant que devait commencer cette longue série de châtiments qui venait frapper l'un après l'autre chacun de ses complices. Ni ses gardes, ni ses palais ne pouvaient la garantir contre les coups du ciel. La Justice divine vint la visiter au milieu de ses jouissances et de son triomphe.

On dit qu'avertie et menacée, ainsi que l'empereur Arcadius, par Honorius, empereur d'Occident, elle s'était vue dans la nécessité ct'ahaisser son orgueil, habitué depuis trop longtemps à fouler aux pieds et l'Eglise et l'empire. Innocent I", le chef des chrétiens et le défenseur incorruptible de l'innocence, avait sommé les deux couronnes d'Orient et d'Occident de rendre compte de la déposition de l'évêque de Constantinople et des siens. 11 avait fait écrire aux empereurs d'Orient une lettre pressante pour les rappeler aux sentiments de la foi chrétienne.

Honorius s'était empressé de répondre à cette invitation ; il avait adressé des reproches amers au faible Arcadius, ainsi qu'à l'impératrice.

« Honorius, empereur d'Occident, à l'empereur Arca- « dius, notre frère, salut.

(( Je ne sais quelle influence ennemie à trompé votre « droiture, et vous a fait accomplir des actes criminels,

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