CHAPITRE XIX
M préparés et dirigés par la main d'une femme. J'en- K tends autour de moi les murmures d'indignation de « tous nos évéques, qui gémissent et qui se plaignent M hautement de ce que nos envoyés auprès de votre ma- « jesté, pour la convocation régulière d'un concile, sont (f morts de faim dans les tortures d'une longue prison.
« Vous avez osé, de votre propre mouvement, chasser « desévêques de leurs sièges, et faire nommer à leur place « des usurpateurs; vous avez fait toutes ces choses au u mépris de l'autorité divine de l'Église. Et tous ces actes « de tyrannie ont mis en péril le prestige de notre souve- <f raine autorité. Car nous sommes menacés de l'interdic- « tion de toute participation aux saints mystères. Le i( trouble, la perturbation et la terreur régnent partout « autour de nous. Hàtez-vous donc de mettre un terme à <( ces désordres ; et sachez que ce n'est point seulement <( par des paroles, mais par des faits publics qu'il faut (I procéder à cette légitime réparation; car l'honneur et (( l'intercession des représentants du ciel est la plus sûre (' garantie et le plus ferme soutien de la solidité de notre « puissance souveraine. »
A cette lettre de l'empereur Honorius vint s'ajouter un avertissement du successeur des apôtres, qui devait avoir pour l'impératrice tous les caractères d'un message du ciel, l'allé en fut touchée Jusqu'au fond de son âme; mais elle ne voulut ni s'abstenir de ses manœuvres sacrilèges, ni mettre un terme aux excès sans nombre de la conjuration contre le pasteur exilé. Pendant que ses agents et les confidents de ses pensées intimes faisaient peser un Joug de 1er sur le saint évêque, elle écrivait au chef de l'Église :
« A mon père en Jésus-Christ Notrc-Sauveur, salut,
« Je suis coupable ; je me suis laissée exaspérer par les « infâmes calomnies sous lesquelles l'évoque Jean a voulu « flétrir, abîmer ma couronne et mon honneur. Et je n'ai
« point porté ces attentats à la connaissance de votre au tort rite sublime. Mais le seul sentiment de la charité chré- « tienne m'a retenue ; car si je me fusse jetée à vos pieds, « j'avais à redouter pour lui le supplice de votre juste « indignation.
« J'avais comblé cet homme des dons de ma munifi- « cence impériale ; et lui n'"a su me payer en retour que « d'injures, d'opprobres, d'humiliations. Il fut souvent « averti dans ses excès par une intervention amie. Mais « au lieu de mettre fin à ses injures, il s'efforçait de les « multiplier avec plus d'amertume et de fureur. Souvent « même le lieu saint a retenti des paroles insultantes qu'il « ne cessait d'adresser aux augustes chefs de l'empire.
« Et quelle inspiration de l'enfer pouvait donc, même « après l'explication des paroles sacrées de l'Évangile, le « pousser, contre toute raison, à blesser les oreilles des « fidèles, par ce débordement d'injures et de sacrilèges « imprécations?
« En présence de ces énormités, ne nous était-il pas per- « rais de nous méprendre, et de nous al'fliger pour nous- M mêmes d'un tel emportement, bien qu'il fût moins de « nature à porter atteinte à notre honneur, qu'à déverser « sur les enseignements de l'Eglise la défaveur et le dé- « dain? Cette erreur de vos enfants soumis n'est-elle pas « digne de votre paternelle indulgence ? Nous en appelons « à ceux qui nous ont accusés auprès du tribunal auguste « sur lequel le Sauveur vous a placé. Daignez examiner « notre cause ; mille voix vous diront avec la nôtre, qu'en « vous présentant, dans la simplicité de notre âme, nos <( motifs de justification, nous ne nous sommes faits que « les organes de la justice et de la vérité.
a Vous avez aux pieds de votre autorité suprême les ié- « moins de toutes ces scènes désolantes ; vous avez ceux « qui nous ont prêté leur généreuse coopération pour ré- « tablir entre nous l'union et la paix des cœurs ; ceux que « j'ai pris pour instruments de mes largesses, lesquelles