CHAPITRE XVI
ville située au pied des monts Argées, bien qu'animé d'un véritable amour pour l'Eglise et pour la justice, se montra néanmoins plus accessible aux sentiments indignes de la crainte et de la pusillanimité. N'osant s'incliner d'aucun coté, ni prendre aucune résolution tranchée, ou peut-être se voyant dans l'impossibilité de démêler la vérité du mensonge, il ne voulut point intervenir ni quitter son Église ; mais il crut devoir correspondre avec les ennemis du saint patriarche. Ainsi les cœurs se partageaient, la division s'établissait au milieu des pasteurs et le schisme menaçait d'étendre indéfiniment ses ravages.
Saint Chrysostome ne semblait ni rien voir autour de lui, ni rien entendre dans ce tumulte des passions. Il se livrait paisiblement h l'accomplissement des devoirs de son ministère. Ont eût dit qu'il dédaignait de jeter les yeux sur l'abîme que la conjuration lui creusait sous les pieds, et dans lequel elle se préparait à l'engloutir.
Cependant les évêques réunis à Constantinople n'étaient point unanimes dans leurs sentiments d'hostilité, ni relativement au but que l'on devait se proposer d'atteindre. Un grand nombre d'entre eux avait été séduit par des accusations mensongères ; et ces hommes qui n'ambitionnaient que l'honneur de défendre les lois de l'Eglise, ne se sentaient nullement disposés à se faire complaisamment les instruments aveugles du pouvoir. Aussi l'empereur fut- il obligé d'intervenir encore. L'éclat de l'or, tiré sans ménagements des caisses publiques, put facilement éblouir les yeux qui se montraient trop clairvoyants. Puis les menaces, les caresses, les offres généreuses et les honneurs parvinrent à calmer à la fois et les susceptibilités (le la conscience et la sensibilité des cœurs.
On arriva donc à les mettre d'accord, du moins en apparence, et tous, sous la pression d'Eudoxie, se réunirent en concile à Constantinople. On mit sous leurs yeux l'objet unique sur lequel on réclamait leur décision. Il ne fut plus question des accusations portées contre le saint dans
]i SAINT CHRYSOSTOME.
l'assemblée du Chêne; car il offrait hardiment de leur jjrésenter sur ce point sa justification. D'ailleurs on avait pris le mot d'ordre de Théophile. Il leur avait fait comprendre sans doute qu'ils ne pourraient rencontrer ni dans la vie de leur victime, ni dans les lois de l'Eglise, aucun prétexte qui pût servir de base à leur procédure, ni motiver une sentence de déposition. Mais en même temps il leur avait signalé le seul moyen d'assurer le succès de leurs tentatives criminelles. Ils savaient tous que cet le vie sans tache était de tous points incompatible avec les doetrines et les lois de l'hérésie ; et c'est à l'aide de ces Lioctrines et de ces lois que l'évêque d'Alexandrie leur avait proposé de le juger.
Les conjurés se montrent donc dociles aux instructions du maître; ils produisent le quatrième et le douzième canons du concile hérétique d'Antioche, qu'il leur a désignés. Le quatrième est ainsi conçu : « Tout évêque qui « déposé, même injustement, par un concile, ne craindi^a « pas de s'ingérer dans le ministère ecclésiastique , a et de reprendre de lui-même l'exercice des fonctions « qu'il possédait a^•ant sa déposition, perdra, par ce seul « fait, tout droit à se faire réhabiliter par un autre concile, « et ne sera même plus admis à présenter ses moyens de (( défense. » Le douzième canon du même conciliabule ajoutait encore à cet excès de rigueur : « Tout évoque qui « déposé par un synode, osera se permettre de réclamer « l'intervention de l'empereur, au lieu de déférer sa cause « H l'examen d'une plus nombreuse assemblée d'évêques, « perdra pour toujours ses droits à l'indulgence. Il ne « sera plus entendu dans ses moyens de justification ; il c< perdra par ce seul fait toute espérance d'être jamais ré- « tabli dans ses anciennes fonctions. »
Ces dispositions draconiennes n'étaient assurément point l'œuvre de l'Église, de l'image permanente du cœur de Jésus-Christ, de l'organe affectueux de sa miséricorde. La passion, la haine, la vengeance, semblent