‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 62 sur 214 · CHAPITRE XIX. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. i

qui lui tenaient constamment un bandeau sur les yeux, ne pouvait s'empêcher, cependant, de reconnaître que Dieu lui-même avait daigné parler en faveur de l'innocence, et que la justice, si longtemps jouée et méconnue, réclamait, à la face du ciel, une grande réparation. Mais il ne suffisait pas de le comprendre : il fallait aussi le courage nécessaire pour donner force et raison à la conscience publique. Ce courage, l'empereur l'eût eu peut-être, s'il eût pu secouer le joug de ses mille tyrans; mais Sévérien, Acace, Antiochus étaient là, toujours acharnés, toujours inflexibles; ils étaient là, réprimant tout sentiment d'équité dans le cœur d'Arcadius, arrêtant toute bonne pensée, étouffant toute bonne résolution et luttant contre Dieu même. Le faible empereur, qui ne pouvait ni s'en sauver, ni les vaincre, en gémit, retomba dans son insouciance et lâcha toutes les rênes à la persécution.

Mais pendant que la patience héroïque de saint Chrysostome étonnait le monde, pendant qu'il marchait résolument et sans se plaindre dans la dure carrière des martyrs, et qu'il cherchait, mais sans empressement, à se couvrir contre ses ennemis de l'égide toute -puissante des successeurs de saint Pierre, Rome, qui ne pouvait entendre que faiblement les gémissements et les sanglots étouffés des victimes, entendit, du moins, les cris de triomphe des persécuteurs. Ce fut Théophile lui-même, l'instigateur du schisme, qui vint le premier déposer aux pieds du souverain Pontife le témoignage officiel de l'attentat dont il s'était rendu coupable. La situation était grave, le péril évident ; il fallait une solution catégorique et prompte : Théophile l'avait compris.

Saint Chrysostome déposé, de quel côté se trouvait l'Église ? Telle était la question en face de laquelle s'étaient placés les conjurés. Cette question réclamait une solution radicale, solution qui ne pouvait émaner que d'une autorité sans appel. Il fallait donc déposer toute cette affaire au pied du tribunal de Pierre, de l'organe vivant de

l'Église, du vicaire et représenlanL de Jésus-Christ. Il fallait tout mettre en œuvre pour le tromper par de fausses apparences; il fallait amonceler les mensonges, entasser les faits, et lui dire : C'est nous qui sommes les membres fidèles de votre troupeau. Mais ici les conspirateurs n'avaient plus h compter sur les manœuvres tortueuses de la calomnie ; ils n'avaient plus affaire au faible Arcadius. Le chef de l'Église les accueille et les contemple avec ce regard qui perce le voile de la ruse et qui va chercher la vérité jusqu'au fond de la pensée, car il a reçu les promesses éternelles de l'infaillibilité. Les cabales de l'enfer deviennent impuissantes contre sa droiture. Le souverain Pontife ne pouvait donc soutenir, dans cette circonstance, que ses véritables frères ; il ne pouvait étendre sa protection paternelle que sur ses vrais enfants. Théophile était obligé de lui soumettre sa cause : il ne pouvait donc point échapper à la nécessité de se faire juger par la justice elle-même. 11 allait forcément entendre prononcer contre tous ses méfaits une sentence de condamnation. Il le pressentait, il en avait l'âme tourmentée ; mais son heure était venue : il n'y pouvait plus échapper.

Il écrit au souverain Pontife, pour lui donner connaissance de la tenue du concile de Constantinople et de la déposition de saint Chrysostome. Il croit devoir prendre dans ses lettres le ton et l'ascendant d'une autorité confiante et rassurée. Il ne saurait admettre, de la part du saint Père, la moindre crainte ni le moindre soupçon à l'endroit de l'exactitude de ses allégations et de la justice de sa cause. Pour écarter même la possibilité d'un échec, il parle avec l'assurance de la force et toute la liberté que donne le bon di'oit. Il écrit seul, comme capable de couvrir de son prestige et l'autorité des Pères du concile, et le concile lui-même tout entier. 11 ne daigne ni se donner la peine d'exposer les motifs sur lesquels est basée la condamnation de saint Chrysostome, ni même s'imposer le devoir de donner place, dans son rapport, aux noms des

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