CHAPITRE XIX
évêques par le suffrage desquels la sentence a reçu sa sanction obligée. Il se croit assez fort pour que l'on doive s'en tenir àTinlervention de sa seule autorité. Cet homme, plein d'orgueil, devait tomber misérablement dans ses propres pièges.
C'est le pape Innocent I" qui tenait alors le sceptre du royaume terrestre de Jésus-Christ dans la chaire du prince des apôtres. Il reçoit avec égards et charité le lecteur d'Alexandrie, qui vient se présenter au nom de Théophile et s'acquitter du message important dont il est chargé. La circonstance était grave et solennelle; les églises d'Orient, honorées de la présence du berceau de Jésus-Christ, venaient officiellement s'incliner devant la pierre angulaire, et réclamer du chef de l'apostolat chrétien une sentence paternelle d'approbation.
Le souverain Pontife ouvre à ses frères et son cœur et ses bras. Mais, à la lecture des lettres de l'évêque d'Alexandrie, il ne peut dissimuler sa surprise; puis à la surprise succède un sentiment amer d'indignation. La hauteur arrogante de Théophile lui fait comprendre que ce n'est point l'humble charité de Jésus-Christ qui l'inspire. Cet homme, l'un des premiers patriarches de l'Orient, lui semble jeté, par un orgueil satanique, bien loin des traditions primordiales de justice et d'humilité, léguées par le Sauveur à son Éghse. Il s'étonne de ce que, dans une question fondamentale de discipline, il ose parler seul en son propre nom.
Le saint Pontife ne peut s'empêcher de gémir à la vue d'une présomption qui s'abstient de toute explication, sui* les puissants motifs qui pouvaient seuls motiver une décision aussi grave de la part d'un concile ; d'un orgueil qui se pose en face d'une décision capitale portée au nom de rÉgiise et de Dieu ; d'une arrogance, enfin, qui défie toute investigation, qui se met au-dessus de toute censure, qui tient dans l'ombre du silence et de l'oubli les noms de ses complices, et qui, foulant aux pieds tout sentiment de pu-
deur, suljslilue son autorité personnelle et sans rivale aux: formalités essentielles prescrites par les lois. L'Eglise avait entouré de formalités sérieuses les complications de ce genre, dont la g ravi lé pouvait exposer l'innocence même à de grands et nombreux dangers. Elle voulait ainsi frapper d'impuissance les cabales et les passions des partis, afin d'assurer toujours la protection des faibles et le triomphe de la Justice.
Théophile était un homme capable mais pervers; il avait pensé pouvoir fouler aux pieds toutes ces règles émanées du gouvernement le plus sage du monde. Il cherchait à couvrir du voile impénétrable du mystère toutes les manœuvres de la conjuration, toutes les énormités de ses intrigues, afin que Toeil investigateur du juge souverain ne pût arriver jusqu'à plonger dans le dédale et sonder la profondeur de sa perversité.
Mais ^a^■euglement du cœur et l'aberration de l'esprit sont deux rejetons gangrenés de l'orgueil, presque fatalement inséparables. Théophile s'était trompé. Le souverain Pontife ne pouvait point être sa dupe. Il le vit à découvert et dans toute sa nudité, même à travers le voile obscur dont il cherchait vainement à couvrir ses pensées les plus intimes et ses desseins les plus secrets. Il ne lui fit aucune réponse : il avait entrevu toute la vérité. La paix de l'Église le mettait dans l'obligation de s'en tenir strictement à la réserve du silence. L'affaire en litige avait remué toutes les provinces de l'Orient : l'univers entier en avait déjà reçu les premières atteintes; la prudence lui conseillait donc d'attendre que des renseignements certains vinssent apporter l'évidence dans une affaire d'une énormité criante, que l'on s'efforçait d'entourer d'un nuage ténébreux. Son attente ne fut point de longue durée.
Un diacre de Constantinople, Eusèbe, se trouvait alors à Rome pour hâter l'expédition de quelques affaires relatives à l'Église d'Orient. Indigné de l'audace de Théophile eî, dosschismatiques, il sollicite, avec une anxiété douloii-