CHAPITRE XIX
reuse, une audience du souverain Pontife, qui lui permette de se faire entendre. Admis près du chef de TEglise, il lui présente une requête motivée, dans laquelle il le conjure de suspendre son jugement dans Taffaire de la déposition de saint Chrysostome. Cette requête ne pouvait manquer de recevoir un favorable accueil, car le cœur du saint Pontife Innocent l", par un pressentiment qui lui venait sans doute de sa communication immédiate avec le cœur de Dieu, se sentait ému d'une compassion surnaturelle pour un frère qu'il avait vu tomber, sans pouvoir le soutenir dans sa chute.
Eusèbe lui donne l'assurance qu'en peu de temps on pourra le mettre en mesure de révéler au grand jour et de flétrir de son improbation paternelle tout l'horrible mystère de la conjuration.
Trois jours après, en effet, on voit arriver en Italie quatre évêques catholiques attachés à la cause de saint Chrysostome; c'étaient : Pansophius de Pisidie, Pappus de Syrie, Eugène de Phrygie et Démétrius de la deuxième Galatie. Ils étaient porteurs de la première lettre du saint. C'étaient des hommes d'une vertu longtemps éprouvée et d'une foi sincère. Avec la lettre de saint Chrysostome ils en apportaient deux autres à l'Eglise de Rome, dans laquelle, disent les historiens, on supposait un concile assemblé pour examinei' l'affaire de Constantinople.
La lettre de saint Chrysostome portait l'adresse d'Innocent ^'^ Des deux autres lettres. Tune était écrite au nom des quarante évêques qui s'étaient réunis pour soutenir, contre les cabales de Sévérien, d'Acace et d'Atticus, le pasteur légitime de l'Église, et l'autre était envoyée par le clergé de Constantinople; ces trois lettres relataient les mûmes faits avec une précision remarquable, et présentaient entre elles une parfaite conformité.
Vénérius, évêque de Milan, successeur de saint Ambroise, et Chromace, évêque d'Aquilée, étaient également informés des scandales qui venaient de couvrir d'un crêpe
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funèbre l'églisp mélropolitainf de ConslanUnoplp. C'élail à la ibis jusiice et iK-ressité que celte noiilication des crimes et des malheurs qui faisaient monter la rougeur au front de l'Eglise universelle, dont le cœur et les yeux s'émeuvent et pleurent des péchés et des souffrances de tous ses entants.
Saint Chrysostome n'avait pu se résoudre, malgré sa rt'-signation et son amour pour les souffrances, à laisser peser sur lui, sans aucune protestation, la diffamation qui devait résulter du triomphe des schismatiques. D'ailleurs, il sentait arriver les signes précurseurs de sa dernière heure. Pouvait-il consentir à terminer ses Jours dans l'exil, en laissant à son nom la tache d'infamie dont on avait voulu le flétrir? Pouvait-il accepter le moindre doute sur son union de foi, de sentiments, d'espérances et d'affection avec le chef vénéré de l'Eglise universelle? Pouvait-il, en fin, consentir même seulement à paraître attendre patiemment le terme de son existence, en dehors du bei'cail de Jésus-Christ, de ce bercail à l'honneur duquel il avait consacré ses travaux, sa santé, ses veilles et toute sa vie ?
S'il fût resté contemplateur impassible du déshonneur dont on s'eftbrcait de souiller h jamais sa mémoire; si tout son être n'eût tressailli d'une légitime et sainte indignation à la vue de l'opprobre éternel que l'on voulait attacher à son nom; s'il eût consenti, dans l'inertie d'une lâche insouciance, à laisser marquer sa dépouille mortelle et sa tombe du signe honteux qui signale au mépris public les restes malheureux d'un prêtre condamné, quelle bouche eût jamais, parmi les hommes, osé prendre sa défense? Quel représentant de Dieu, dans le lieu saint, eût jamais osé prononcer son nom?
Il devait donc parler, parler avec toute l'énergie et toute l'autorité que donne l'innocence ; sa conscience, son honneur et celui du sacerdoce lui faisaient une rigoureuse obligation de protester contre la haine implacable, qui ne