CHAPITRE MX. 13o
devait cesser de le poursuivre et de le lï-apper que lorsque ses restes inanimés seraient descendus dans la tombe.
Animé de ces sentiments, il n'avait point attendu son départ ni son arrivée àCucuse, pour réclamer avec instance l'intervention directe de l'autorité spirituelle du successeur de Pierre. Il l'avait conjuré de refuser toute approbation à la sentence réelle d'excommunication dont il avait été flétri. Mais, en même temps qu'il demandait aide et secours, il ai)pelait l'attention du chef suprême des chrétiens sur les procédés des amis de Théophile et sur les actes du conciliabule de Constanlinople. Le souverain Pontife lui répondit à lui, prêtre sans tache et membre brisé du corps mystique du Sauveur. Mais il répondit avec une admirable sagesse; il admit son innocence, sans donner prétexte h l'exaspération de ses ennemis.
11 ne pouvait, en effet, ni donner son approbation à Tinjuste procédure des schismatiqucs et refuser sa communion au saint persécuté, ni rompre immédiatement toute communication avec les coupables, sans les avoir soumis aux Ibrmalités judiciaires établies par la discipline de TEglise. Dans cette situation. Innocent sait parler à la fois comme un père et comme un saint. Dans sa lettre , il donne par honneur la première place au nom de saint Chrysostomc.
« A notre frère bien-aimé, l'évèque Jean, Innocent, salut.
« Bien que le juste ait pour apanage un droit impres- « criptible à toutes les faveurs du ciel comme à toutes les (( bénédictions divines, nous nous croyons cependant, nous « les apôtres de la patience, dans le devoir d'ajouter à ces " faveurs l'expression écrite de notre sympathie particulière, que nous vous adressons par les mains du diacre Cyriaque, notre bien-aimé fils.
« L'opprimé, succombant sous les coups de la scéléra- « tesse qui déverse l'injure, ne doit point trouver en elle " plus de puissance pour lui broyer le cœur, qu'il ne doit
i;j(i 8ALNT CHKVSOSTOME.
« posséder, dans la pureté de sa conscience, de force et de « motifs d'espérance et pour sa consolation présente et « pour le zèle de ses défenseurs.
« Mais est-ce à vous, docteur et pasteur de tant de (' peuples, qu'il appartient de recevoir des enseignements « et d'écouter les leçons de la faiblesse ; à vous, le soutien " des forts, le précepteur et la lumière des justes ; à vous, <' qui fortifiez leur âme dans l'héroïsme de la patience, et « qui leur enseignez les traditions célestes de force et de « persévérance, même au milieu des plus affreux tour- (I ment s?
« Dans votre malheur, votre conscience doit être pour « vous comme une roche immobile au milieu des laves (( brûlantes que les volcans de l'iniquité roulent sans cesse (( contre vous; car la conscience qui ne serait point victo- <( rieuse de ce torrent de flammes dévorantes, laisserait " planer contre sa force et môme contre sa foi de terribles (' soupçons, qui trahiraient le secret de leur insutfjsance, « En effet, celui qui s'appuie sur le cœur tout-puissant de « Dieu, puis sur l'intégrité de sa conscience, doit être « toujours et partout vainqueur ; il se rit également de « tous les fléaux et de tous les genres de souffrances. Le « cœur juste et bon peut être exercé, battu par les calait mités de ce monde, mais découragé, vaincu, terrassé : « jamais.
« Le code sacré de la parole divine forme et maintient « autour de son âme un rempart infranchissable ; il lui « présente les exemples des justes que nous exposons « chaque jour à la piété du peuple chrétien. Nous y con- « templons nos Pères, accablés, déchirés, broyés sous le « pressoir, et livrés à toute la douleur des plus intolé- « râbles tortures, et c'est par ce chemin sanglant, que <( nous les voyons s'éle^"er à la couronne gloi-ieuse réser- « vée au martyre.
« Ah ! que votre charité, bien-aimé frère, ne cherche « que dans votre conscience éclairée du ciel, un adoucis-