‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 66 sur 214 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

« sèment à ses douleurs et la consolation que donne lïn- « nocence. Vous combattez sous l'œil affectueux du Saute veur ; prenez confiance ; votre conscience droite et pure « vous conduira jusqu'au port, au séjour éternel de la « paix. »

Cette réponse est empreinte du caractère auguste de modération et de charité que Dieu ne cesse d'imprimer à tous les chefs suprêmes de son Eglise. Innocent admet implicitement la possibilité d'une erreur malheureuse ; mais il ne repousse de sa communion ni l'un ni l'autre parti. Bientôt il s'éloignera davantage de Théophile et des siens pour se rapprocher de saint Chrysostome; il réj)rouvera comme irrégulier le prétendu concile de l'évéque d'Alexandrie. Il n'hésitera plus à déclarer à la face du monde entier que la cause du saint ne peut être instruite et jugée que par un concile non suspect, composé d'évêqucs des deux empires d'Orient et d'Occident. De ce concile général seront également exclus les amis et les ennemis de Théophile et de saint Chrysostome. Car il est évidemment impossible d'obtenir des deux parlis un jugement équitable, qui ne soit entaché d'aucun caractère de partialité.

Ainsi la vérité se fait jour à Rome, à mesure que les témoignages, les renseignements et la lumière arrivent. Mais l'erreur et la passion de leur côté ne se laissent point aller à la présomption d'une dangereuse sécurité. Dans cette lutte terrible, elles font preuve d'une activité, d'une énergie et d'un acharnement, qui ferait douter du triomphe de la justice et de la sainteté si Dieu même ne combattait ostensiblement pour elles.

La réponse du souverain Pontife à saint Chrysostome, qui faisait espérer, et semblait même commencer une juste réparation , n'était pas encore parvenue à Constantinople qu'une tentative nouvelle était faite par Théophile auprès d'Innocent I", pour égarer sa justice et l'entraîner dans le parti de la conjuration.

Peu de jours en effet après le départ des lettres du chef de rÉglise, on annonce à Rome l'arrivée en Italie d'un prêtre de l'évêque d'Alexandrie , nommé Pierre, et du diacre Martyrius du clergé de Constantinople.

Ils venaient déposer au pied du tribunal incorruptible d'Innocent P'' une nouvelle déclaration du patriarche d'Alexandrie et quelques actes du conciliabule du Chêne. C'était bien moins un acte de soumission à l'autorité du successeur de saint Pierre, qu'ime nouvelle et grossière insulte au pouvoir qui représente sur la terre la perpétuité de la mission du Sauveur. Car ces actes et ces lettres, en cfTet, n'étaient qu'un piège tendu maladroitement au chef de l'Église. Théophile et les siens voulaient à tout prix le rendre solidaire de leur iniquité. De ce message et de ces communications il résultait que l'évoque Jean avait été condamné par un concile régulier de trente six évêques, dont vingt-neuf appartenaient au patriarcat d'Egypte.

Qui n'eût été tenté de s'incliner devant un tel témoignage? Quelle résolution, quelle force n'eût fléchi sous le poids accablant d'une telle autorité? C'est un patriarche, et trente-six évêques qui, réunis au nom de l'Église de Jésus-Christ, prononcent avec maturité contre un de leurs frères une sentence de déposition. Si le successeur du chef des apôtres n'eût été qu'un homme dans le gouvernement de la société chrétienne, s'il n'eût eu pour source d'inspi • ration que la prudence et la sagesse de l'homme, eût-il pu s'empêcher d'accueillir avec respect une décision appuyée sur l'honneur et la foi de tant d'éveques ses trères? Mais Innocent n'était pas seulement un homme ; il était aussi l'envoyé de Dieu, le vicaire infaillible de Jésus-Christ. Il avait pour mission de démasquer l'erreur, de déjouer les manœuvres de la ruse et de confondre l'infamie. Il avait reçu, comme saint Pierre, le mandat divin de redresser les écarts de la faiblesse, de paître le troupeau, de garder le bercail, et d'éclairer la bonne fui de ses frères égarés.

Au premier aspect il est frappé par les apparences do

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sincérité du conciliabule ; mais à la lecture des lettres de Théophile et des actes de l'assemblée, les nuages se dissipent, le voile tombe, et la vérité brille à ses yeux dans tout son éclat. Il voit que les accusations entassées contre saint Chrysostome , portent un caractère de futilité, de mensonge et d'acrimonie qui révèle des transports mal comprimés de \engeance et de haine. On avait semblé redouter rinfluence de la lumière et le cri tout-puissant de la vérité. Le saint évêque, en effet, avait été condamné sans défense possible. Il n'avait entendu ni les témoins à sa charge, ni les imputations apportées contre lui. Ses ennemis s'étaient mis en mesure de pouvoir jouer avec sa tête, sans qu'il lui fût permis de la sauver, en présentant devant une assemblée impartiale l'explication de tous les actes de sa vie et ses moyens présents de justification. , Le représentant de la miséricorde et de la justice ne pouvait éprouver qu'un frémissement spontané d'indignation, comme Daniel en présence des vieillaids de Baby- 'lone ; il ne pouvait que manifester sa douleur et ses sen- ^timents de réprobation contre la perversité des conspirateurs et l'irrégularité de leur procédure. Mais la situation lui parut pleine de périls. Il ne pouvait ni délaisser la cause de l'innocence, ni blesser trop vivement l'orgueil de Théophile. Cet homme, extraordinaire dans son intelligence, dans SCS vertus comme dans ses vices, pouvait tomber dans les plus déploi-ables excès. Les perplexités du saint Pontife étaient terribles : il fallait sauver saint Chrysostome, sans perdre pour l'éteinité lame de son persécuteur.

D'ailleurs, sous plus d'un rapport, Théophile avait souvent bien mérité de l'ÉgUse. Homme d'initiative, de résolution et d'énergie, il se tenait toujours à la porte du bercail fie Jésus-Christ pour le défendre; il était sans cesse sur la brèche ; il prenait toujours sa place aux postes avancés, dans les combats de la foi; dans i)lus d'une circonstance il s'était attiré les justes éloges de saint .Jérôme.

Le souverain Pontife devait donc ménager cette grande intelligence, si souvent sacrifiée au service d'une grande passion. Il lui fit cette fois une réponse; mais une réponse pleine de miséricorde, de mansuétude, de sagesse et de résolution.

« Théophile, bien-aimé frère, lui dit-il, nous vous te- « nous toujours dans notre communion, vous et notre « frère, l'évêque Jean, ainsi que nous l'avons déclaré <( dans nos lettres précédentes. Nous nous empresserons « toujours de vous adresser nos lettres et nos encoura- « gements, toutes les fois que votre cœur vous amènera « vers nous et que vous nous écrirez vous-même.

« Mais dans les affaires présentes, après mûr examen « des faits, des péripéties et des tristes conséquences de <' ce déplorable conflit, tant qu'un jugement régulier ne <( sera pas venu confirmer votre sentence, il nous est im- « possible de repousser à la légère Tévêque Jean de notre « communion. Si vous avez confiance dans la régularité (' du jugement que vous avez rendu , dans la droiture << de vos intentions, et dans la légitimité de la sentence « de déposition que vous avez portée , venez vous pré- « senter au prochain concile, par lequel, avec l'aide de " Dieu, nous ne tarderons pas à rétablir et consolider la 'f paix de l'Église. Là vous devez offrir aux Pères réunis « l'explication de votre procédure, et démontrer l'exacti- « tude et la vérité de vos accusations, conformément aux '( canons du concile de Nicée ; car l'Eglise romaine ne « saurait reconnaître d'autres règles de discipline et de « foi. »

Cette lettre était d'une admirable prudence ; elle contenait une réprobation manifeste des canons du conventicule hérétique d'Antioche, sur lesquels étaient basés les seconds chefs d'accusation qui servirent de prétexte à la déposition de saint Chrysostome.

Innocent renvoie avec cette réponse les deux émissaires du chef de la conjuration. «Priez, leur dit-il, en leur don-

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