CHAPITRE XIX, i*t
« nuut congé, l'ai tes violence à la miséricorde divine par « des macérations, des jeûnes et des prières; demandez- « lui d'effacer de l'Église les traces de la discorde et du « schisme, et d'y faire régner à jamais, la concorde, l'u- « nion et la charité. » Puis en qualité de chef suprême du troupeau de Jésus-Christ, il veut porter à lui seul le poids de la colère que Dieu s'apprête à faire peser sur son peuple ; il se livre sans réserve aux pratiques de la pénitence la plus sévère et des austérités les plus accablantes, pour obtenir du Sauveur l'union, la paix et la prospérité croissante de son Église.
Mais de leur côté les schismatiques ne s'abandonnaient point à la nonchalance d'une stérile inaction. Jésus-Christ lui-môme a signalé l'énergie féconde et l'activité contagieuse du génie du mal parmi les hommes. Après l'Homme- Dieu, la sainteté, l'apostolat lui-même peuvent en faire l'aveu ; le parti de la passion et de l'erreur se tient presque toujours en mesure de puiser dans le feu qui le dévore une énergie brûlante, dont ne saurait faire usage le parti de la justice et de la vérité. Mais, dans son infériorité relative, il est néanmoins un devoir auquel sait toujours obéir le parti protecteur de Tinnocence ; c'est celui de ne point se contenter d'opposer à la persécution une manifestation stérile d'indignation et d'horreur. Sa mission est d'affronter sans crainte et de prendre corps à corps le parti de l'injustice et de l'anéantir ou de le réduire au silence. La lutte est toujours longue et terrible ; mais Dieu préside au combat. Le triomphe déûnitif du bon droit ne saurait faire l'objet d'un doute.
Tels furent à Constantinople l'attitude, les travaux et le but constant des amis de saint Chrysostome. Ils furent un instant terrassés ; ils cédèrent à la tempête ; mais ils ne purent accepter pour toujours ni le succès insolent des conjurés, ni l'humiliation scandaleuse imposée à l'Église. Aussi, pendant que leur saint patriarche lutte contre la mort avec toute la force de sa constitution et toute l'éner-
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gie du son courage, pendant que Théophile s'épuise en ruses, en détours, en démarches hypocrites, pour surprendre la bonne foi du souverain Pontife, vingt-cinq évêques catholiques échappes à la tourmente, se réunissent en concile dans une maison sûre de Conslantinoplo. Ils délibèrent sur les mesures a prendre, pour écarter de rÉglise la honte qui semble résulter pour elle de la perturbation et des malheurs présents. Un seul parti sûr, infaillible, se présente à leur pensée ; c'est d'aller se jeter aux pieds du vicaire de Jésus-Christ.
Ils écrivent donc une lettre collective au chef incorruptible de l'Eglise. Ils lui racontent les excès, les sacrilèges et les dévastations sanglantes des conjurés; ils exposent toutes les circonstances de l'expulsion violente de saint Chrysostome, son exil dans des contrées barbares et l'incendie miraculeux de l'église métropolitaine. Un prêtre courageux, Théotecne est chargé de franchir les mers, pour aller déposer ces justes plaintes aux pieds du père commun des évêques et des chrétiens.
Théotecne était un prêtre capable et dévoué. Son intelligence, sa ténacité, sa constance et sa circonspection étaient à la hauteur de son courage. Il accepte la proposition des évêques et prend des mesures pour s'assurer du succès complet de sa mission. Il entoure ses projets du voile du mystère, et quitte en secret les rivages du Bosphore. Dans son voyage, il se voit exposé sans cesse à mille dangers ; mais rien ne saurait l'arrêter. Il arrive, après avoir échappé presque miraculeusement à des périls de toute nature, sur la terre désirée et protectrice de l'Italie. Rome S3 présente à lui, comme la patrie des saints; c'est l'asile protecteur de l'innocence, le temple de la paix, éclairé de l'auréole qui couronne la porte du ciel. Une main céleste le conduisait sans doute ; car sa présence avait un caractère tout providentiel. Il entra dans Rome en effet quelques jours après le départ des députés de Théophile.