‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 68 sur 214 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Ce message ne pouvait ajouter aucunes lumières h celles que possédait dc'-jù le souverain Pontife ; mais il devait avoir pour résultat de prêter une force nouvelle au concert de témoignages qui préparait le triomphe de la justice et de la sainteté. Bientôt en effet on \'it éclater la sollicitude paternelle et céleste dont .Jésus-Christ a rempli l'âme de son représentant sur la terre. Le pape Innocent possédait toute la vérité ; d'un seul regard, il avait reconnu les vrais coupables ; et ce même regard avait mesuré toute l'étendue du danger. Dans cette perplexité douloureuse, le Sauveur avait daigné lui parler au cœur ; et ce cœur débordait d'anxiétés, d'alïlictions et d'amer- I tunes.

Il reçoit avec effusion le prêtre Théotecne, il lui donne lies lettres de communion pour saint Chrysostome, et pour tous ceux qui n'ont pas rompu toute communication avec lui. Puis la douleur le suffoque ; ses yeux se remplissent de larmes ; et le père commun des Ildèles, à la vue des maux incalculables de son Eglise et de son impuissance à les guérir, ne peut plus contenir le chagrin qui l'oppresse ; sa douleur et le trop plein de son cœur s'échappent en sanglots. Sa lettre à saint Chrysostome est humide de larmes, il le conjure de supporter avec courage tous ses malheurs, et de prendre patience. Il s'épanche avec ce véritable ami, qu'il n'a jamais contemplé des yeux du corps. Il avoue qu'il est impuissant pour lui porter aide et secours; que des personnages redoutés tiennent la vérité captive, et que leur haute et toute-puissante intervention ne cesse de l'entourer d'entraves et de paralyser tous ses efîorts.

Théotecne honoré des témoignages de bonté du chef de rÈglise, était tout heureux des consolations qu'il allait porter à ses frères; il s'imaginait avoir triomphé de tous les pièges des schismatiques. Il emportait cette confiance aux catholiques de Constanlinople qu'il avait laissés dans l'abandon et la tristesse et qu'il était impatient de revoir.

iU SAINT CHRYSOSTOME.

Mais ils étaient loin tous d'arriver au terme de leurs perplexités.

A peine ce bon prêtre a-t-il quitte le seuil de la maison patriarcale et paternelle, qu'un petit homme est signalé, qui demande à parler au souverain Pontife. C'est Paterne, petit garçon moitié venu, de maigre et chétive apparence, mais artificieux, spirituel et méchant. Il se disait prêtre de l'Église de Constantinople. Paterne se glorifiait d'être l'irréconciliable ennemi de saint Chrysostome. Il l'attaquait sans cesse, et faisait de lui le point de mire de ses allusions, de ses railleries et de presque tous ses discours.

Il arrive à Rome porteur de lettres envenimées de calomnies de la part des principaux conjurés, Acace, Paul, Sévérien, Cyrin, Antiochus, et de quelques autres chefs de la cabale. Dans ces lettres, le saint patriarche est représenté comme l'auteur volontaire de l'incendie de la basilique de Sainte-Sophie et du palais du Sénat. Le pape, son concile et le clergé de Rome ne pouvaient être dupes de cet indigne mensonge. Il était de notoriété publique que le saint évêque, dans le célèbre concile des évêques fidèles qui s'efforçait de le soutenir contre les attaques et les calomnies des schismatiques, n'avait pas même cru devoir entreprendre sa justification contre cotte inculpation mensongère.

Le souverain Pontife fut indigné de tant d'audace et de tant d'impudeur ; il ne vit dans cette accusation qu'une ignoble calomnie. Il jugea qu'une telle perversité ne pouvait recevoir de lui pour réponse que l'attitude de l'indignation et le silence du mépris.

Tous ces mensonges en effet mettaient en lumière de la partdes conjurés un^ passion bien effrénée, une haine bien insatiable de vengeance. Ces êtres qui s'étaient fait de leurs excès une sorte de bien-être iwrmal, prouvaient par leur audace imprévoyante qu'ils étaient prêts à faire arme de tout. Mais un parti qui n'a pour point d'appui que le mensonge, et qui ne peut compter pour nssurer son suc-

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