‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 69 sur 214 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

eôs qiifi sur les armes de l'enfer, ne saurait en aucun cas tHre celui de l'Eglise du Sauveur des hommes. La cause de Théophile et des siens était donc jugée à Rome sur leurs propres témoignages, et toutes démarches ultérieures des évêques catholiques pour conjurer les terribles ravages de la persécution, n'étaient plus désormais de leur part qu'un acquit spontané de leur conscience, comme celles de leurs ennemis n'étaient que des efforts stériles et superflus.

A Constantinople cependant les évêques fidèles à saint Chrysostome, ignoraient cette conviction arrêtée dans l'âme du saint Père; ils vivaient toujours dans l'agitation et les terreurs de l'angoisse. Ils ne pouvaient pas consentir à laisser plus longtemps leur Église sous l'oppression intolérable des conjurés; ils ne pouvaient pas endurer plus longtemps leurs violences et leurs cruautés, sans faire entendre d'énergiques paroles de protestation et sans signaler au monde entier leurs souffrances. Leur amour pour l'Église leur mère, à laquelle ils avaient dévoué leur sang, leur faisait une obligation de tout entreprendre, et de travailler, même par le sacrifice de leur vie, à rétablir parmi leurs frères la concorde et la paix.

Aussi malgré les lettres collectives qu'ils avaient adressées ;i l'Église de Rome, plusieurs d'entre eux se crurentils obligés de payer de leur personne. Exposer leurs jours, affronter les orages et tous les périls des mers, entreprendre des travaux au-dessus des forces de la nature, tout cela ])ùur eux semblait ne présenter que les conditions ordinaires et normales de la vie, quand l'intérêt de la société chrétienne se trouvait en danger. Sans calculer leurs ressources m tenir compte de leur frêle santé, presque tous veulent s'aventurer à faire le voyage d'Italie, pour aller déposer aux pieds du souverain Pontife leur père, l'expression de leurs griefs, de leur confiance et de leurs malheurs.

Quelques jours en effet s'étaient à peine écoulés depuis

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Ii6 SAINT CHRYSOSTOME.

la déconvenuo et le départ de Rome des envoyés de Sévérien el de leurs complices, lorsqu'on vit arriver Cyriaque, évêque de Synnade en Phrygie. Cyriaque, intelligence élevée et cœur droit, était lui-même persécuté pour son attachement à saint Chrysostome. Il n'était chargé d'aucune lettre ; il venait spontanément pour échapper à la poursuite des bourreaux de Théophile, et pour déposer le fardeau de sa douleur dans le cœur paternel d'Innocent I". Il expose au saint Pontife, qu'il s'est vu réduit à quitter s^ maison, son Église et sa patrie, à mener une vie errante, à souffrir toutes les privations les plus cruelles, pour se soustraire à la rigueur d'une injuste loi. L'em]jereur Arcadius, aveuglé par la colère, avait fait invasion dans le domaine de l'Église. Par une condescendence indigne, en fav'eur des schismatiques, il avait, h leur requête, abaissé la puissance impériale, jusqu'à la compromettre dans une lutte sacrilège contre des évêques inoffensifs. Et c^la, pendant que ses légions étaient en fuite, et que les armées barbares mettaient en déroute sur tous les points les armées romaines et forçaient les barrières de l'empire. Cyriaque annonce au chef de l'Église que l'empereur, dans un édit, frappe de déposition, et condamne à la confiscation de leurs biens tous les évêques que leur conscience empêche d'entrer en communication avec Théophile, Acace, Antiochus et Porphyre. Tel était le personnage tout-puissant qui s'opposait à ce que le pape Innocent I" pût tendre la main à saint Chrysostome, pour le rétablir sur son siège.

Pendant que l'évêque Cyriaque accomplissait son long et périlleux voyage vers les rivages de l'Italie, saint Chrysostome, dans son exil, ne cessait de recourir à lui, de faire appel à son amitié, qu'il avait vue triompher de tant d'épreuves , comme un ami s'incline avec affection vers son ami pour épancher un chagrin qui l'oppresse. Mais Cyriaque ne pouvait l'entendre sur le frêle vaisseau qui le transportait en Occident. Le saint évêque le croyait

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