CHAPITRE XIX
toujours à Constanlinople ; il no pouvait ni s'expliquer son silence, ni supporter sans se plaindre le supplice d'une si grande privation. Il lui fît des reproches; mais des reproches affectueux comme sait en faire un généreux ami. Son erreur ne pouvait pas être de longue durée ; il apprit bientôt son pèlerinage vers la ville éternelle, et s'empressa de le dédommager de ses plaintes, par des lettres de consolation.
Cyriaque eut lieu de se IV'liciter de son courage. Innocent r"" le reçut comme un fils malheureux et lui tendit affectueusement les jjras. 11 put quelque temps après quitter Rome, pour porter à ses frères un cœur embaumé' d'espérances et riche de consolants souvenirs.
Pendant qu'il cheminait vers Constanlinople, un autiv ami de saint Chrysostome , Eulysius, évêque d'A pâmée en Bithynie, arrivait aussi lui, près du successeur de Pierre et du tombeau des saints apôtres. Il apportait au saint Père des lettres de quinze évoques du concile qui s'était réuni pour soutenir la cause du saint patriarche et pour protester contre les excès de la conjuration. Dans cette guerre inexpiable de la passion sacrilège contre la Justice et la sainteté, toute âme attachée à .Jésus-f hrist , tout cœur ami de l'Eglise éprouvait le besoin de monter sur la brèche pour y porter son contingent de force el d'énergie, contre les assauts de l'ennemi. Tel fut le sentiment qui s'empara de l'càme du saint évêque d'Apamée.
Lorsque cet homme de Dieu, répondant au mouvement intérieur inspiré par sa foi, se dirigeait vers Rome avec la tristesse du proscrit et la confiance du pèlerin , il s'arrêta ix)ur prendre quelque repos dans la ville de Thessalonique. Là, lorsqu'il s'apprête à reprendre le chemin de son pèlerinage, il voit venir à lui, dans l'attitude de la douleur la plus profonde, un vénérable vieillard en cheveux blancs; c'est Anysius, le chef de cette église. Anysius veut aussi lui que sa voix presque éteinte aille porter Jusqu'aux oreilles du souverain Pontife sa protestation
d'attachement a la juste cause; il veut encore, malî^ré ses années, prendre sa part dans le combat. Il charge Eulysius de déposer aux pieds du souverain Pontife et ses hommages d'enfant soumis et sa lettre , dans laquelle il retrace, avec toute la véhémence de son indignation, le brigandage effréné qui tient depuis longtemps sous son joug la ville de Constantinople.
L'évêque d'Apamée, fortifié de toute l'assurance de ce saint vieillard, poursuit avec plus de confiance son voyage vers le siège vénéré du prince des apôtres. Arrivé près du souverain Pontife, son premier soin est de lui remettre les lettres d'Anysius et des évêques.
Le récit de ces quinze évêques, n'était autre que celui de Cyriaque , de Théotecne et des autres envoyés. Il était dicté par le même sentiment, écrit avec la même franchise; il était simplement l'expression de la vérité. Le vieillard Anysius , avec la naïve confiance d'une âme éprouvée qui se sent toucher au seuil de l'éternité, déclare humblement qu'il s'abandonne à la direction du successeur de Pierre, et qu'il accepte sans réserve le jugement de l'Église romaine.
Un mois après Eulysius d'Apamée, arrive encore à Rome un autre proscrit ; c'est Pallade, évêque d'Hélénople en Bithynie, intime ami de saint Chrysostome. A ce titre il devait être un objet spécial de haine de la part des persécuteurs. Aussi , chassé de son église , sans cesse poursuivi, traqué partout comme une bête fauve, se voyait-il réduit à vivre dans une affreuse détresse ; les schismatiques ne lui laissaient aucun repos. Il menait une vie errante et malheureuse ; il était poursuivi de province en province, de ville en ville, sans pouvoir s'arrêter longtemps en aucun lieu. La persécution parvint de la sorte h le pousser jusqu'en Italie. Il vint auprès du saint Père chercher un abri contre les recherches des agents de Sévérien, d'Acace et d'Antiochus; il n'était chargé d'aucun message. Il s'estimait trop heureux dans son malheur de