‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 8 sur 214 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

s'exhaler de chacune des paroles de ces prétendus canons.

Après cette lecture, dont on voulait faire contre saint Chrysostome une arme à deux tranchants, ses ennemis se levèrent successivement, pour essayer de démontrer aux pères que l'évêque Jean s'était placé volontairement sous le coup des censures portées dans ces décrets de disci- Ijline ecclésiastique. Car, disaient-ils, il a repris son siège, il est rentré dans l'exercice de ses fonctions sacrées, après une déposition légale, et sans avoir été réhabilité par un concile.

Tous ces griefs étaient spécieux. Les conjurés se sentaient forts et se croyaient assurés de la victoire ; mais alors une lutte s'engage. Les amis du saint non moins ardents à le défendre que ses ennemis à l'assaillir, s'efforcent d'établir que le saint patriarche fut ramené dans son Église, replacé sur son siège et réintégré dans ses fonctions épiscopales par un concile de soixante-cinq évêques. Tandis que ceux qui l'ont condamné n'étaient qu'au nombre de trente-six, et presque tous étrangers, et qu'en conséquence les canons apportés contre lui n'ont aucune application possible. Que d'ailleurs ces canons sont justement réprouvés par l'Eglise ; qu'ils ont été rédigés par les ariens au concile de la Dédicace d'Antioche, et que ces hérétiques n'ont eu recours à de telles mesures que pour se créer des armes contre saint Athanase, alors le boulevard de la foi chrétienne et la lumière de l'Orient. Que l'injustice et l'inflexible rigueur du quatrième canon ont été signalées et frappées de réprobation, au concile de Sardique, par tous les évêques des églises de Rome, d'Italie, d'IUyrie, de Grèce et de Macédoine.

Ainsi la discussion se prolongeait vive, ardente, passionnée. Et dans ce conflit entre la justice et la haine, l'opinion du concile ne trouvait point à se faire jour; on demeurait en suspens.

A côté de ce tapage et de ces débats, saint Chrysos-

tome qui cette fois n'avait point été cité par les Pères, s'occupait à peine des péripéties ou de l'issue d'une lutte acharnée, dans laquelle pour lui, se débattait une question de vie ou de mort. Les devoirs de l'apostolat, les macérations et la prière occupaient tous ses instants, et ne laissaient pas d'espace, dans sa vie, aux préoccupations de son avenir terrestre. Il employait à faire le bien tout le temps que lui laissait la bonté divine, sans prendre aucun souci de celui qu'il lui plairait bientôt de lui ravir.

S'il eût voulu se défendre, les quarante évêques attachés à sa cause se fussent unis à ses amis du concile, dont l'autorité balançait déjà celle de ses accusateurs, et la majorité lui donnait une victoire éclatante. Mais il était le pasteur de l'Egiise ; et le pasteur donne sa \\c pour ses brebis. Comme tel, il avait à suivre un exemple divin; car Jésus-Christ, lui non plus, n'avait pas voulu se défendre.

Le concile ne paraissait point marcher au gré des meneurs et de l'impératrice ; et plusieurs d'entre eux auguraient mal de toutes ces lenteurs. L'autorité des canons d'Antioche était battue en brèche par les amis de saint Chrysostome. La base de l'accusation chancelait, et le terrain semblait fuir sous les pieds des principaux moteurs de la conspiration. On était sur le point de reculer devant un crime. La circonstance avait quelque chose de saisissant, de lugubre et de solennel. Saint Chrysostome était encore une fois sur le point d'échapper à la rage acharnée de ses ennemis. Un moment on croit toucher à l'heure de la délivrance; le découragement s'imprime au front de ses juges, et la confiance remonte au cœur de ses défenseurs. Mais cette consolation passagère n'est qu'une fausse lueur d'espérance ; elle ne tarde point à s'évanouir.

Les ennemis du saint évêque s'étaient trop engagés pour reculer devant les obstacles. A défaut de raison et de justice, ils pouvaient recourir à d'autres armes; ils pouvaient, au besoin, requérir l'emploi de la force et s'ap-

Page 1