CHAPITRE XIX. U«J
pouvoir seulement exposer au souverain Pontife les tril3ulations dont les évêques fidèles et l'Église d'Orient tout entière étaient accablés.
Il déclare qu'il s'est vu Ibrcé de quitter son église déserte et désolée, et de prendre la fuite devant la fureur, les menaces et les violences des magistrats. Il retrace aux yeux du père commun des chrétiens les larmes des fidèles, ja solitude des églises, les tortures endurées par les martyrs, et le deuil de toutes les provinces de l'empire; il présente un édit de l'empereur Arcadius, qui prescrit des mesures de la plus injuste rigueur. Aux termes de ce décret, quiconque se permettait de recevoir dans sa demeure un évêque , un clerc, un laïque, un enfant en communion avec saint Chrysostome, devait se voir immédiatement chassé de sa maison, laquelle était confisquée ou vendue au profit des schismatiques.
Ainsi l'Eglise d'Orient se courbait en gémissant sous une verge de fer. Les préceptes de Jésus-Christ et les saintes lois de la discipline ecclésiastique, avaient perdu leur autorité, leur force et leur prestige ; le sceptre était à la force stupide, qui s'appuyait également sur les arrêts du prétoire, et sur l'épée des soldats.
Mais dans ces jours d'amère désolation , l'épouse de Jésus-Christ n'était point abandonnée ; elle ne cessait d'envoyer à Rome ses athlètes et ses défenseurs. Après Palladc, Germain et Cassien arrivent eux aussi dans la ville sainte; ils viennent apporter d'autres faits, signaler d'autres horreurs, révéler d'autres infamies. Le prêtre Germain et le diacre Cassien étaient des hommes d'une grande vertu. Voués dès leur enfance à la perfection chrétienne, ils avaient passé toutes leurs premières années dans les austérités de la vie monastique ; ils ne s'étaient jamais séparés. Ils s'étaient mis de part dans les peines et les consolations du pèlerinage de la vie ; tous leurs jours s'étaient écoulés avec une sorte de délice, pendant que leurs cœurs se soutenaient , mutuellement enchaînés dans les liens
l'jO SAINT CllKY.SOSTO.ME.
d'une sainte et [)erpétuelle intimité. Loin-s goûts étaient les mêmes; les austérités et la solitude avaient pour eux le même attrait. Ils avaient entrepris ensemble le voyage tl'Égypte; ensemble ils avaient visité les monastères et les laures qui peuplaient la Thébaïde et les montagnes de Nitrie, et qui plantaient partout des foyers de lumière et de vie au milieu des déserts.
Dès qu'ils connurent saint Chrysostome, une force invincible et surnaturelle les fixa près de lui , dans l'église de Constantinople. Le saint patriarche qui se connaissait en hommes, éleva Germain au sacerd(jce et Cassien au tiiaconat. Il avait d'autres vues encore sur ces deux pupilles, dans lesquels il découvrait les éléments de deux apôtres et deux lumières pour l'Eglise. Il se disposait peut-être à les ordonner évêques, lorsque l'enfer effrayé l'arrêta. Tant d'afTection de la part du saint évêque devait signaler naturellement ces deux hommes à la haine des schismatiques ; aussi furent-ils exposés comme un point de mire aux coups de la persécution.
Mais après de longues et stériles perquisitions, au moment où l'on s'imagine les saisir, la main de Dieu les dérobe aux dangers qui les menacent et les conduit sans obstacles aux pieds du souverain Pontife. Ils lui remettent ime lettre signée de tout le clergé de saint Chrysostome. Là ces deux cœurs, ulcérés mais soumis, exposent avec calme la violence et les maux inexprimables qu'endure l'Église d'Orient. Ils déclarent, après tous les autres, que leur patriarche a subi l'outrage d'une honteuse expulsion, (ju'il n'a cédé qu'à la force armée, et que cet attentat inouï s'est accompli sous leurs yeux, à l'instigation d'Acace de Bérœe, de Théophile d'Alexandrie, d'Antiochus de Ptolémaïde , et de Sévérien de Gabales.
Ils présentent ensuite un état des meubles précieux, (l(^s vases d'or et d'argent , et des vêtements sacrés ([u'ils ont livrés, sous l'empire de la violence, entre les mains des usurpateurs. Ils ont pour témoins l'infâme Stu-