‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 72 sur 214 · CHAPITRE XIX. IS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. IS

dius, préfet de Consiantinople, leur ennemi pei'sormçl, Eutychius, préfet du prétoire, Jean, comte des trésors, Eustattie, le questeur, et plusieurs fonctionnaires et tabellions. Ces hommes généreux peuvent ainsi réduire à néant l'infâme calomnie de concussion que des hommes sans pudeur n'ont pas rougi de faire peser sur saint Chry- SOS tome.

La situation devenait de plus en plus grave pour le chef suprême de l'Eglise ; et le devoir de parler et d'agir s'imposait à sa conscience avec tous les caractères d'une impérieuse nécessité. Devant cette nuée imposante de témoignages en faveur du saint patriarche persécuté , le pape Innocent I" ne pouvait plus, en effet, sans trahir la cause de l'innocence et de la vérité, se retrancher indéfiniment dans la réserve du silence. Dans une telle circonstance, vouloir se renfermer obstinément dans un système de temporisation et de neutralité, c'était accepter les faits accomplis, et pactiser, d'une manière implicite, avec les schismatiques; c'était laisser la carrière ouverte à toute la fougue des passions. De la part du vicaire de Jésus-Christ, une telle lâcheté n'était pas chose possible.

Innocent, du reste, avait déjà prouvé que sa sollicitude dépassait à cet égard l'attente même de ses frères persécutés ; il s'était empressé tout d'abord d'écrire à saint Chrysostome une lettre affectueuse et paternelle. Il l'avait consolé, dans sa tristesse, avec tout l'amour d'un père, avec toute l'effusion de cœur d'un ami. Convaincu de son innocence, il l'avait porté par les plus puissants motifs à la résignation, à la patience, à l'abandon filial aux promesses divines. Il l'avait prié de ne se reposer que sur l'amour du Sauveur et sur le bon témoignage de sa conscience. Cette lettre avait été portée à Cucuse par Cyriaque, ami du saint, qui lui devait son élévation au diaconat.

Mais il restait à remplir, au cœur du souverain Pontife un autre acte de miséricorde et de justice. Vingt-cinq évéques avaient écrit. Us attendaient, eux aussi, l'appro-

balion de leur constance, et les consolations du représentant du Sauveur ; ils avaient soif eux aussi, de la parole paternelle.

Le schisme avait scindé misérablement le clergé de Constantinople. La partie hostile à saint Chrysostomc s'était laissée entraîner aux eaux du torrent ; elle avait respiré le vent de la révolte; elle avait oublié les plus impérieux et les plus saints de ses devoirs, et dans son erreur elle s'était groupée confusément sous la houlette de l'usurpateur Arsace. Tandis que l'autre portion du clergé fidèle était demeurée plus ferme dans ses affections, et semblait plus éclairée dans sa foi ; rien n'avait pu l'ébranler ni la faire fléchir. Elle s'était attachée avec amour à la barque de l'Église, ainsi qu'à la mauvaise jbrlune de son évêque.

Innocent, le père commun, répond à cette fraction h<''roïque de son troupeau, laquelle, même au fort de la persécution, ne voulait entendre d'autres voix ni recevoir d'autres consolations que celles de son pasteur et de son père. Germain et Cassien avaient été les heureux messagers de ce troupeau; leur tristesse et leurs larmes avaient ému le cœur du souverain Pontife, sur les malheurs de ses enfants, sur leurs besoins et sur leur détresse. Innocent, l'âme inondée d'amertume, ne peut plus contenir les sentiments divers qui l'oppressent et qui le torturent. Il annonce à ces infortunés que son cœur paternel, l'Église de Rome et tout l'Occident sont plongés dans un deuil profond à la vue de leur malheur. Que les évêques Démétrius, Cyriaque, Eulysius et Pallade sont venus au seuil des saints apôtres exposer la légitimité de leur cause et présenter le navrant récit de leurs longues souffrances. Il déplore avec indignation les maux incessants que l'on semble se plaire à perpétuer dans l'Église de Constantinople. Il réprouve et condamne le scandale de l'intrusion d'un évêque à la place du titulaire, pendant sa vie, et Iprequ'il ne s'est rendu coupable d'aucun méfait. Il flétrit

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îivec l'énergie d'uae conscience indignée ce mépris écUilant des saints canons de l'Église. Il proteste que ces canons sont les seules lois de la société religieuse des chrétiens; il déclare qu'il n'en reconnaît et que nul ne peut en reconnaître d'autres que ceux qui furent décrétés dans le saint concile de Nicée. Qu'enfin, aux termes du concile de Sardique, les canons que nous opposent les hérétiques, quand même ils seraient évidemment empreints d'un caractère remarquable de raison et de vérité, doivent être condamnés sans réserve, et rejetés du code sacré des lois ecclésiastiques. 11 ajoute qu'il ne voit, quanta lui, d'autre remède à tant de calamités que la convocation immédiate d'un concile œcuménique; que depuis déjà longtemps il appelle de ses vœux cette réunion des pasteurs de l'Eglise universelle ; mais qu'en attendant l'heure de la paix, il faut prier dans la fusion des cœurs, souffrir avec patience, et se confier avec l'abandon sans rései-ve de l'amour à la bonté paternelle de Dieu. Mais écoulons ses propres l")aroles :

« L'évèque Innocent, à tous les prêtres, diacres ol M clercs, à tout le peuple de Constantinople soumis à l'au- « torité pastorale de l'évèque Jean , à nos frères bien- « aimés, salut.

« C'est avec une amère anxiété que nous avons pris « connaissance, dans les lettres que votre charité nous a « a fait parvenir par le prêtre Germain et le diacre Cas- « sien, des scènes de désordre et d'horreur dont vous « avez placé le sombre tableau sous nos yeux. Nous ne pouce vous nous détacher de ce triste récit des difficultés cl « des orages qui s'accumulent autour du flambeau de la foi « chrétienne. Mais à tous ces malheurs il n'existe qu'une « seule consolation efficace, celle de la patience et de la « résignation ; car notre Dieu ne saurait tarder à mettre « un terme à toutes ces épreuves. Oui, nos angoisses « auront de la part du ciel leur juste rétribution; elles « seront pour nous un sujet de réjouissance infinie.

loi SAINT CHRYSOSTUME.

« Ce sujet infaillible de consolation, je le vois avec bonce heur dans les premières paroles de la lettre que votre « charité nous envoie ; car vous rendez témoignage de « votre fermeté constante au milieu des tribulations, et « vous exposez les puissants motifs sur lesquels repose « votre patience. Ainsi nous voulions vous adresser des « paroles de contiance et de consolation, et nous les avons « lues avec admiration dans la lettre où vous épanchez votre « douleur. Il est donc bien incontestable que notre maitre M et Seigneur Jésus-Christ, ne cesse de dispenser à tous « ses amis la lumière et la force célestes, pour les consoler « dans leurs épreuves, par la vue qu'il leur présente de « l'exemple des saints qui les ont précédés dans la dure « carrière des souffrances.

« Quant à nous, nous sommes heureux de trouver pour « nous -même, dans vos paroles, de puissants motifs « d'encouragement , et de consolation particulière. Car le « chagrin nous oppresse. Ce n'est pas seulement par un « mouvement spontané de sympathie que nous prenons « une si grande part dans vos afflictions; c'est aussi par M l'impression d'un stimulant et plus fort et plus intime. « Ah ! nous sommes frappé , nous aussi , par les coups « qui vous immolent, et le glaive qui vous transperce le « cœur arrive tout sanglant jusqu'à nous.

« Qui pourrait en effet supporter, sans se sentir saigner « le cœur, toutes les horreurs consommées par les mains « des coupables? de ces hommes dont le devoir et la (( mission a^•ait pour but de sauvegarder le bienfait de la « paix, et de se consacrer tout entiers à l'union des âmes « dans les liens indissolubles de la charité chrétienne.

« Mais ils n'ont pas craint de briser le frein salutaire « des lois ecclésiastiques. Ils ont chassé sans raison de « leur église des prêtres innocents. Nous avons l'âme « attristée surtout à la vue de l'injustice subie par notre « frère, notre compagnon d'apostolat, l'évêque Jean, votre « pasteur, condamné sans jiigement, sans crime, et sans

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