CHAPITRE XIX. lo
« Toutes ces calamités et tous ces désastres qui vien- : nent nous frapper à la fois , nous les avons appris déjà : des lèvres de plusieurs de nos frères, des évéquès Démétrius, Cyriaque, Eulysius et Pallade, qui sont venus l'un après l'autre s'abriter sous l'aile tutélaire de l'Église de Rome, et qui fixés au milieu de nous, nous font encore jouir de la consolation et de la faveur de leur présence. »
Ainsi répondait au troupeau fidèle de Constantinople le ouverain Pontife Innocent I". Ainsi se déroulaient en accident les interminables et tristes péripéties de cette )ngue lutte, dans laquelle la vérité, par un suprême ef- )rt, commençait enfin à se dégager des entraves que le îhisme et l'erreur avaient entassées, et par lesquelles ils 3mblaient l'avoir enchaînée à jamais.
En Orient, un autre spectacle plus consolant s'offrait à i vue des populations chrétiennes : saint Chrysostome ontinuait, sur ces rochers inaccessibles et déserts, le Durs si malheureusement interrompu do ses travaux postoliques.
Pendant qu'en Occident le crime et la haine se tordaient Dnvulsivement dans tous les sens, pour aflecler, aux eux du chef suprême des chrétiens, les apparences de la istice, et finissaient par succomber avec honte au simple jntact de la lumière et du grand jour, en Orient, la suin- ■té proscrite et i)ersécutée ne fuyait le glaive de ses ourreaux ; que pour promener le flambeau de la lumière rangélique au milieu de peuplades ignorées, et faisait îsplendir le zèle de l'apostolat chrétien du plus pur et du lus brillant éclat.
Partout ainsi s'accomphssaient, à l'insu des hommes, is desseins secrets de la miséricorde divine.
CIIAriTRE XX
Lettres et travaux de saint Clirysostome k Gueuse. Députation de l'Oceident.
Ce lut une troisième période dans les travaux apostoliques de saint Chrysostome , que cette longue année d'exil, passée tout entière dans l'attente de sa réhabilitation ou de la mort. De même qu'autrefois son premier début dans la carrière sacerdotale avait été précédé de la méditation solitaire des vérités chrétiennes, afin de fortifier son âme et de la façonner aux épreuves de l'apostolat, de même, dans son exil, sa première sollicitude a pour objet d'assurer son cœur contre la défaillance ou le décourament, et de le fortifier à l'égal de celui de Jésus-Christ, en présence de ré\entualité trop certaine de son cruel et lent martyre.
Dans le premier épanchemenl de ses sentiments secrets et de ses prévisions sinistres, il laisse toinlîer de son style le plus beau chef-d'œuvre de consolation qui jamais ait honoré le cœur de l'homme, comme la plus vraie peinture des avantages inappréciables et des gloires sans taches de la douleur. Il y démontre et fait aimer, dans une série de preuves inattaquables, revêtues des vives images d'une imagination toute orientale, une vérité frappante de la foi chrétienne, la seule qui puisse répandre quelque charme sur les tribulations et les épreuves de l'humanité : c'est que l'homme ici-bas ne saui^ait avoir rien à redouter de