‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 75 sur 214 · CHAPITRE XX. f.-i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. f.-i

ses ennemis de la lei're, que tous les maux de ce mondé ne peuvent que s'arrêter à l'écorce extérieure, et ne sauraient jamais avoir la triste prérogative de pénétrer le centre de la vie et d'arriver jusqu'au cœur. Que l'enfant de Dieu, pendant son pèlerinage et dans la courte traversée de ce monde, ne peut rencontrer d'autre ennemi que lui-même; et que le seul malheur dont il puisse avoir à s'atïliger, c'est l'offense laite à son créateur.

« Lazare était dans l'indigence, dit-il, et dans une indi- « gence cruelle. A ce malheur s'ajoutaient des infirmités (( dégoûtantes, et plus intolérables encore que la faim. Ce M surcroit d'afflictions donnait à sa misèr-e un caractère « horrible. Ajoutez encore l'absence de toute démonstraw tion de sympathie, et la privation de toute assistance et « de tout secours, même de ceux qui ne sont provoqués « que par le sentiment de la pitié. Tout cela venait ag- « graver en lui l'horreur de la souffrance dans la misère.

« Chacune de ces calamités était pour Lazare bien douce loureuse en elle-même ; mais toutes réunies , elles tbr- « maient un malheur sans égal , une flamme dévorante « qui consume, une douleur qui brûle et ronge les en- « trailles, un déchirement qui lacère le cœur, une tem- « pète dans laquelle l'àme s'engloutit et s'abîme, une tourte naise embrasée qui consume l'être tout entier.

« FÀ si l'on considère ce chaos de misère et de soul- « frances, cette séi-ie épouvantable de supplices, on voit « encore s'ajouter une autre source d'horreur; c'est l'exis- « tence auprès de ces angoisses de scènes insultantes, que « viennent offrir à côté de cette misère les festins et les « délices du mauvais riche.

« Eh bien ! dans cette situation déchirante, qu'impor- « taient à Lazare les langueurs de la maladie, l'absence « de tfjute sympathie et de toute assistance de la part de « cœurs amis, la compagnie des chiens et le voisinage du « mauvais riche? Est-ce que le luxe effréné, l'orgueil et « l'arrogance de cet homme sans entrailles ont pu seule-

J60 SAINT CHIIYISOSTOJIE.

« ment faire ynsseï- un nuage sur le cœui- eL dans lame « vraiment sans tache de l'athlète glorieux de Jésus- « Christ? »

La conséquence est évidente, pour le saint évêque luimôme qui s'est luit volontairement l'émule du pauvre de l'Évangile. Qu'(.'ut-il, en efîet, pour lui de sympathie, lorsqu'il lut si misérablement chassé de la maison deSéleucie? Les chiens du mauvais riche vinrent, dit l'Écriture, lécher les plaies du pauvre abandonné ; mais saint Chrysostome, expulsé pendant les ténèbres de la nuit, malgré l'épuisement causé par une fièvre brûlante, n'eut pas même l'avantage de jouir d'une semblable faveur.

Eh bien! qu'importe; s'il est abandonné de tout, et persécuté par les hommes ses frères, il se met en possession des bénédictions et de l'amitié divines, et conquiert des richesses et des délices pour réternitt'.

« Quelle fut, ajoute -t-il, la deslini'c du bienheureux « Paul ? N'a-t-il pas ouvert son âme à rin\ asion des tri- « bulations et des soufïrànces, connue on accepte l'abais- « sèment d'un nuage c[ui nous apporte la rosée du ciel? M Quelle lésion en a soufTert son âme ? Toutes ces persc- « entions n'ont-elles pas ajouté toujours un nouvel éclat « h sa couronne? Ne s'est-il pas constamment efforcé d'at- « tacher à son diadème les fleurons de la faim, de la nu- « dit('', du froid et de la chaleur? N'en a-t-il pas rehaussé M la splendeur, par les plaies de sa flagellation, par le sup- « phce d'une lapidation cruelle, et par les tourments de « son immersion dans les profondeurs de l'Océan ? mais « pourquoi, dira-t-on, voulez-vous nous étonner par l'héa roïsme de cet apôtre ? N'était-il pas l'élu du Seigneur « Jésus-Chinst ?

«Eh bien! évoquons encore l'apôtre prévaricateur et « déicide. Judas ne fut-il pas aussi lui l'un des douze et « l'élu du Sauveur? Mais à quoi put lui servir d'avoir été «l'élu de Jésus-Christ et l'un des douze apôtres? Quel

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