‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 76 sur 214 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

avantage put-il retirer de sa priorité dans la carrière « apostolique ? Que lui valurent à lui la Jouissance des « mêmes faveurs que les premiers apôtres ? Le privilège « d'avoir puisé si longtemps à la source de la sagesse in- « linie? L'honneur de s'être assis à la table du Sauveur lui- « même, et de s'être nourri des aliments divins dont la « seule pensée imprime l'étonnement et la terreur? Que lui « revint-il de la puissance dont il fut investi de rendre la « vie aux morts, de guérir les lépreux et de mettre en fuite « les démons, les princes des ténèbres? Quelle influence eut « sur son âme le bonheur inexprimable de la conversation « et de la longue amitié du Sauveur? A quoi lui servirent « tous ces avantages ?

« A rien. Parce que l'esprit cl le cœur étaient empoi-- « tés et brûlés par le vent empoisonné des passions et du « vice.

« Rien au monde ne peut donc causer de détriment à « celui qui ne cherche pas à se nuire à lui-même; comme « aussi rien ne peut apporter l'auréole du bonheur à celui « qui ne veut tenter aucun effort pour s'arracher au pré- « cipice et se placer dans la voie qui conduit au salut.

« L'ami de Dieu peut toujours reposer en paix à l'ombre « de sa protection paternelle ; les fléaux et les malheurs « s'effaceront devant lui comme le nuage devant la chaleur « du rayon solaire, ou viendront expirer et disparaître à « ses pieds. Non, non les difficultés inextricables de la « vie, ni les variations et les obstacles qu'apporte l'insta- « bilité des temps, ni le mauvais vouloir des puissances « de la terre, ni les pièges de la ruse et de la malignité, ni « la grêle et les orages enfantés par les misères de ce « monde, ni le concert maudit de toutes les calamités qui « viennent fondre sur les enfants des hommes, n'auront «jamais le pouvoir d'ébranler dans ses sentiments et « dans sa paix le cœur généreux, mortifié, vigilant et « pieux qui s'est placé sous la garde de la miséricorde di • « vine. Oui, sachez-le bien, celui qui ne veut pas lui-

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« même se livrer au malheur, ne sera jamais victime des « désastres qu'entraînent toujours les épreuves, les fléaux (f et les passions. »

Mais si, par le péché, son âme se laisse dérober aux bienfaits de l'amitié divine, s'il se trahit lui-même et s'il éteint, jusqu'à la dernière étincelle, toutes ses espérances de bonheur, il croule alors comme un édifice vacillant l'ievé sur le sable, et rien au monde ne peut venir ici-bas tempérer pour lui l'amertume des douleurs de la vie. Tout concoiu't à lui ravir pour toujours ses droits acquis aux biens infinis du ciel. Comme Judas, l'apôtre parricide, il arrive insensiblement et malgré tous ses efforts, à faire avant même d'entrcA'oir le port, un irréparable naufrage ; il tombe, il perd à jamais tous les titres qu'il avait acquis à la jouissance de la bienheureuse immortalité.

l'ne autre pensée, plus amère que son exil, agitait encore l'àme de saint Chrysostome; elle semblait même lui piT'senter sans cesse une coupe empoisonnée à laquelle il puisait une amertume qui troublait la sérénité de sa paix; c'était la pensée des scandales.

Il eût accepté tous les tourments; il les eût soufferts avec délices, si sa douleur n'eût été, comme celle du Sauveur, le résultat du crime de quelques-uns de ses frères. C'était, en effet, une perturbation scandaleuse, dans l'Eglise de Jésus-Christ, que cette haine incessante, acharnée, de prêtres et d'évêques égarés, contre le plus innocent de leurs frères et le plus généreux de leurs amis. Les restes presque inanimés du paganisme semblaient se réveiller, reprendre vie et tressaillir de bonheur, à l'aspect de ce nuage de honte qu'ils s'im.aginaient voir monter au front et rembrunir la figure virginale de l'Epouse de Jésus- Christ. L'abattement et la consternation étreignaient, en effet, le cœur de toutes les populations chrétiennes du UKjude, et les éléments d'une noire tempête paraissaient assombrir et menaçaient de déi'ober un instant aux regards le beau ciel de l'Église.

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