‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 77 sur 214 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

« Lenfer jaloux , dit le saint évêque , la vue, celte « Église s'élever, belle, florissante, admirée, au-dessus « des ruines sous lesquelles il avait prétendu l'ensevelir w pour toujours. Il l'a vue se multipliant pour le bon- « heur des siens et pour l'expansion du règne des vertus « les plus belles. Il n'a pu contenir ses transports de « rage, en contemplant la défaite et la honte des vices et « la conversion inespérée des pécheurs. Il a frémi de « voir l'univers tout entier se lever à sa voix maternelle, « pour prêter l'oreille à ses divins enseignements.

« Dans sa fureur, il a mis en œuvre toutes les res- « sources et tous les engins de son horrible demeure, poui- « soulever la fange qui s'était accroupie au fond de Télé- « ment bourbeux de la société chrétienne, afin de l'ame- {( ner à la surface et de troubler ainsi l'inviolable sérénité « de l'Église. Pour lui jeter au visage un stigmate de « honte, il a fait monter la passion jusqu'au cœur de ses « amis; il a |X)ussé ses ennemis à la colère; il a réuni « dans un même complot, dans une môme conjuration, les « clercs, les soldats, les fonctionnaires et les évêques. Il a « confondu toutes les conditions, efTacé tous les rangs, « pour les aveugler tous par la même passion, et les en- « flammer tous de fureur et de haine ; c'est ainsi qu'il a <( compté vainement établir la perturbation en permanence « au centre même de la maison de Dieu. »

Et cette œu\Te de bouleversement et de confusion n'élait pas chose difficile dans ces temps de malheurs et d'épreuves ; car tous les peuples du monde ancien dont la tête et le cœur aspiraient avec délice la pure lumière de l'Évangile, mais dont les pieds se traînaient encore dans la fange du culte païen, n'étaient pas encore généralement mûrs pour comprendre les grands desseins de la Providence. Comment faire pénétrer leur pensée dans les impénétrables mystères de l'humanité? Comment leur faire lompi'endre que le Créateur n"a point laissé sur la terre, jKJur relever le cœur de l'homme, de spectacle plus ef-

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frayant et plus horrible que celui d'un ange déchu ? Ces hommes ne pouvaient donc point savoir que nul n'est plus près de se traîner jusqu'à la dernière limite du crime, que l'ange de l'Eglise qui se dérobe à ses lois pour donner des gages à l'hérésie ou se laisser aller imprudennnent sur la pente du schisme et de l'erreur. El qu\ m ne sort le pied du vaisseau que pour tomber dans l'abîme.

Rien n'était donc plus facile que de scandaliser les hommes à la vue des égarements de leurs propres pasteurs; car ils ne voyaient pas que de toutes ces chutes, depuis celles de saint Pierre et de .Judas, jusqu'à celles de Sévérien et de Théophile, Dieu sait toujours faire jaillir le constant et pur éclat de sa justice, de sa gloire et de sa mis()ricorde.

« En effet, l'enfer, dit saint Chrysostome, a beau livrei- « assaut, avec tous ses engins, à la forteresse de l'Eglise, « il ne saura jamais ni l'ébranler, ni faire vaciller son « flambeau. Tous ses efforts ne peuvent avoir pour résultat « assuré que de lui faire conquérir la couronne d'une plus « brillante victoire. L'Église, la cité céleste, elle voit le « signe infaillible de sa grandeur, de sa puissance et de sa a prospérité dans la fureur même qu'elle inspire à l'en- « ne mi mortel des hommes et de Dieu. »

De toutes ces tourmentes, en effet, s'élève une voix irrésistible révélant au monde que ce n'est pas l'homme qui la soutient ici -bas, mais que c'est elle qui soutient l'homme fidèle, et qui le mène par la main dans l'accomplissement de son immortelle destinée. « Jamais elle n'est M plus forte, jamais elle ne donne au monde de plus « grands enseignements que lorsqu'elle agit au milieu de « la persécution la plus sanglante. C'est alors qu'elle ence seigne le courage et la force dans les privations; c'est « alors qu'elle prêche la patience, l'héroïsme, le mépris du « monde, l'horreur des richesses, le dédain pour les hon- M neurs, l'indifférence pour la mort ou la vie, le sacrifice « généreux de la patrie, des connaissances, des amis, des

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