‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 78 sur 214 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

« frères, la familiarité des bourreaux, l'acceptation du « supplice, le bonheur d'affronter pour Dieu le tranchant « d'une épée, et l'avantage d'attacher le plus vil prix aux « distinctions honorifiques, à la gloire, à la puissance, à « toutes les superfluités qui captivent ici-bas le cœur des « hommes. »

Mais ces enseignements n'étaient pas toujours entendus de la majorité des chrétiens nouvellement introduits dans le giron de l'Eglise. A leurs yeux c'était un scandale de la voir souffrir. La conjuration de Théophile, d'Antiochus et de Sévérien était encore pour eux un scandale qui sapait les fondements de l'édifice de .Jésus-Christ, et qui faisait péricliter la foi dans les âmes les plus chrétiennes. Saint Chrysostome s'élève avec énergie contre cette tendance malheureuse d'esprits trop peu formés dans leurs convictions; il s'efforce de démontrer que les desseins de Dieu nous sont inconnus et resteront toujours incompréhensibles aux habitants de la terre. Que nous devons nous abstenir de lui demander compte de ses jugements impénétrables; que ces grandes chutes, qui nous étonnent, ne font que constater la faiblesse de l'homme qui se soustrait à la direction de l'Église de Dieu. Puis il établit par des arguments inattaquables que l'homme ici-bas est laissé tout entier et toujours à la liberté de ses désirs, de ses pensées et de ses volontés, et qu'enfin la faiblesse et la fragilité des instruments qui guident la barque de l'Église à travers de tels orages, est un monument irrécusable et perpétuel, qui ne cesse d'attester aux hommes l'existence d'une force supérieure par laquelle elle est soutenue du haut du ciel, malgré la faiblesse des instruments imparfaits que son divin chef daigne employer sur la terre. Aussi tous les efforts de la puissance des ténèbres qui vient l'assaillir ne peuvent-ils qu'ajouter à l'éclat inconniarable de sa beauté.

C'est ainsi que saint Chrysostome, avant de succomber sous les coups et dans les étreintes de la persécution,

employait ses derniers instants de vie, à réparer les brèches que ses ennemis avaient laites à la cité chrétienne ; il s'attachait à panser, à guérir les plaies par lesquelles ils avaient tenté de mutiler le troupeau de Jésus- Christ.

Mais après TEglise , ses frères ! Tel fut l'ordre et la suite des préoccupations du saint évêque. Il met ait de côté les intérêts de sa propice vie et ses douleurs, pour appliquer son cœur et sa sensibilité tout entière aux malheui-s des évêques, des prêtres, des clercs et de tous œu\ qui souffraient persécution à cause de lui.

« Que vous êtes beaux, leur dit-il, dans vos fers, dans « vos cachots, dans vos entraves ! Heureux, mille lois « heureux êtes-vous, d'avoir conquis par vos souffrances, « l'admiration et l'amour du monde entier. Vous avez « gagné les sympathies non-seulement des chrétiens qui « vous entourent, mais encore de tous ceux qui vivent « dispersés dans les contrées les plus lointaines. Oui, « dans tous les pays de la terre, au delà de toutes les « mers, on chante vos combats, vos vertus, votre court rage, votre constance invincible et la sincérité de votre « foi. Les bourreaux ont sévi ; mais que vous ont fait à « vous les supplices que l'on regarde comme des mal- « heurs de ce monde? Que vous ont fait les prisons, les « soldats, les tortures infinies, et les mille instruments « de la mort?

« A^ous vous êtes fait un Jeu de la colère de vos juges, « du feu de leurs imprécations, de la fureur impuissante « de leurs menaces, des grincements de dents de vos ence nemis acharnés et de vos indignes accusateurs. Vous te avez affronté tous les orages que leurs complots ont « entassés sur vos têtes : Vous avez bravé leurs coups, « vous n'avez tenu nul compte de la stupidité de leurs « embûches. Vous avez subi la noirceur de leurs calom- « nies, et l'opprobre de leurs honteuses accusations. « Vous avez ri même des supplices qui chaque jour se

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