CHAPITRE XX
« pn'sonlaienl à V"iS yeux dans leur appareil le plus hor- « l'ible.
« H vous a suffi, pour vous consolei' de toutes ces tor- « tures, du mérite infini qui n'-sultait pour vous de l'exis- « tence même de vos tourments.
« Voilà pourquoi tous les cœurs vous tressent à la face « du ciel de glorieuses couronnes. Voilà pourquoi vos « louanges sont cél(!'brées dans le monde entier, non-seu- « lement par toutes les bouches fidèles, mais encore par « l'irrésistible cri de la conscience et par l'élan involon- « taire et spontané de vos plus irréconciliables ennemis. « Et ceux-là mêmes dont la honte enchaîne les lèvres, ne « peuvent sVmpècher de ci-der à leur conscience et de « laisser échapper en votre ftiveur un témoignage d'éton- « nement et d'admiration.
« Réjouissez-vous donc et tressaillez de bonheur et de « Joie. Le Seigneur roi du ciel vous l'ordonne ; car si la M calomnie, même seule, doit devenir pour vous un sujet « de félicitation et de triomphe, voyez donc! non-seule- « ment la calomnie, mais la flagellation, les tortures, les « épées nues, les prisons, les fers, l'exil, la claie, les gi- « bets, les hordes d'ennemis, les troupes de bourreaux « vous entourent ! Grand Dieu ! quelles récompenses et « quelles couronnes vous attendent au dernier jour ! »
Ces paroles du saint évêque soutenaient le courage de ses amis au plus fort de la persécution. Quelle âme prodigieuse, que celle que tous les malheurs viennent assaillir en même temps et qui, même sous le pressoir, trouve encore l'énergie et la foi qui suffisent à soutenir toutes les victimes, à relever, à ranimer tous les cœurs qui succombent !
Plus tard, cet homme étonnant écrivait encore à ces mêmes martyrs, pour leur envoyer une sorte de rayonnement et d'étincelle de son propre courage. A la vue de cette force surhumaine, ne semble-t-il pas que l'on contemple encore le Sauveur lui-même, soutenant, fortifiant
sps disciples et converlissanl sainl Pierre, alors que lui seul ('"tait en proie à la fureur de ses ennemis?
Mais saint Chrysostome ne se bornait pas à déverser le surcroît d'énergie de son âme dans celle de ses frères ; d'autres victimes lui tendaient les mains et l'appelaient à leur secours.
11 existait à Contantinople une portion malheureuse de son troupeau, qui réclamait surtout sa sollicitude ; c'étaient les communautés de veuves, de vierges, les diaconesses, qui ne pouvaient en aucune manière livrer leur conscience à la direction suspecte d'un évêque usurpateur. Elles étaient abandonnées, sans consolation, sans appui. L'une d'entre elles, sainte Olympiade était l'âme et le soutien de toutes les œuvres de zèle et de charité dont le saint avait doté la ville de Constantinople et la province. Mais dep,uis le départ de son protecteur , elle s'était vue entourée d'ennemis, abreuvée d'angoisses ; elle s'était vue réduite â marcher seule au milieu de cette tempête, comme un vaisseau sans pilote au sein d'une mer furieuse et parsemée d'écueils. Elle avait tenté de chercher quelque repos dans une retraite volontaire.
Saint Chrysostome ne pouvait abandonner à la tourmente ces âmes d'élite, qui s'étaient fait une si large part fie fatigues et de tribulations par leur solidarité dans ses travaux, comme dans leur participation à ses souffrances. Aussi voulut-il leur consacrer une partie de ses veilles pendant les longues épreuves de son exil.
Il écrit à sainte Olympiade, leur guide et leur modèle ; il la console elle-même et la fortifie dans dix-sept lettres, qu'il nous a laissées comme un monument immortel de sa reconnaissance et de sa charité. Dans ces communications intimes, il ne cesse de l'exhorter à la résignation, à la patience.
« Pourquoi, lui dit-il dès les premiers jours de son exil, « le chagrin a-t-il obscurci la sérénité de votre âme? Pour- « quoi ces plaintes et ces tourments? Êtes-vous doncépou-