CHAPITRE XX
« vantée de la fui-eiu' croissante de la tempête, qui s'efTorce « sans succès d'entourer le cœur de l'Église d'un épais « voile de ténèbres, et qui voudrait assombrir la lumière « même du soleil en la couvrant de l'obscurité de la nuit ? « Redoutez-vous cet orage, qui monte sans cesse, qui me- M nace de foudroyer le monde entier, et qui couvre toutes « les mers des débris de ses innombrables naufrages ?
« Nous voyons en effet l'Océan en fureur, soulevé par « un vent impétueux jusqu'au fond de ses abîmes ; la « surface des flots est couverte de débris ; les vivants et « les morts flottent ensemble et se heurtent avec violence, « poussés en tous sens par les vagues et la tourmente. « Les vaisseaux sont mis en lambeaux et les eaux portent « leurs épaves ; nous voyons leurs flancs mis en pièces, « leurs voiles déchirées et leurs mâts brisés. Les mate- « lots attachés aux débris versent des larmes, et font ence tendre des sanglots et des cris déchirants. Et ce spec- « tacle effroyable semble faire horreur au ciel même qui « s'est couvert d'un noir manteau de ténèbres. Oui, ces « malheurs sont incalculables ; mais ne vous découragez « point, Olympiade, et demeurez toujours inaccessible au « sentiment pusillanime de la terreur. Un seul malheur « est à redouter sur la terre, c'est l'offense faite à Dieu. « Tout le reste n'est que chimère, n'est qu'un ensemble « inoffensif de bagatelles imperceptibles. »
Puis il lui représente le mérite impérissable des bonnes œuvres et des vertus chrétiennes, qu'elle envoie devant elle pour l'attendre dans l'éternité. Tous les éloges qu'il lui donne ne pourraient être excusés de flagornerie, s'ils n'étaient pour elle une planche de salut dans un naufrage.
« Il serait difficile, lui dit-il, pour dissiper votre tris- « tesse mortelle, de vous mettre sous les yeux toute l'im- « mensité de vos vertus et de vos œuvres de miséricorde. (( Vouloir en énumérer tous les mérites et tous les fruits « que vous avez acquis, par les travaux sans nombre de
« voti-e charité, ne serait pas chose plus facile que d'enlre- « prendre de compter les flots de l'Océan quand il est « agité par le vent de la tempête. »
Olympiade était tombée dans un profond abattement, à la vue des maux et du deuil de l'Église qui pleurait l'absence de son pasteur. Saint Chrysostome la soutient et ranime son courage. Il lui déclare que la défaillance au fort de la lutte est à ses yeux le plus irréparable des malheurs, surtout lorsque l'on n'a pris aucune part aux calamités que l'on déplore. Il la prémunit contre ce danger du cœur; il lui donne un remède puissant, pour en éloigner à toujours même la tentation.
« Pour faire pénétrer, lui dit-il, cette vérité dans votre « âme, souffrez que je vous raconte une vieille histoire : « Un homme de Corinthe s'était plongé dans un abîme « effroyable, celui de l'inceste le plus odieux ; saint Paul « en est accablé; mais il ne se décourage en aucune ma « nière. Il livre le coupable à Satan, sans s'affecter autre- « trement de la grandeur de ce crime qu'il s'empresse de « chasser du cœur de la société naissante de l'Église. »
Le saint s'imagine pouvoir ajouter, pour Olympiade, un autre motif de confiance et de paix, en la berçant d'une espérance qu'il partageait lui-même. Il se flattait parfois en efl'et de l'espérance de pouvoir revenir un jour à Constantinople, et de terminer sa carrière entouré de son peuple et consolé par l'amour de son troupeau.
o Hâtez-vous, dit-il à la sainte, de secouer cette pous- « sière des impressions humaines. Mais je vois qu'un « autre sujet de chagrin vous torture et ne vous laisse « point de repos. Vous ne paraissez point seulement agi- « tée par la douleur des maux qui pèsent sur l'Église ; un « autre tourment vous fatigue et vous poursuit. A'^ous « pleurez mon absence; l'absence d'un pauvre vermisseau « qui porte le nom d'homme. Vous n'entendez plus ma « voix, dites-vous, au milieu de vos larmes. Vous ne « pouvez plus puiser à la source des fortes doctrines. Vous